Sécurité

A Genève, des autorités toujours unies contre le crime

Le procureur général et le Conseil d’Etat signent une nouvelle feuille de route pour guider l’action policière. Pierre Maudet était le grand absent de cette quatrième édition

C’est la quatrième édition mais elle ne ressemble à aucune autre. Le conseiller d’Etat Pierre Maudet, l’un des deux artisans de la politique commune de lutte contre la criminalité, lui-même sous enquête pénale, a été contraint de laisser sa place pour cause de suspension de tout lien institutionnel avec le pouvoir judiciaire. C’est donc Mauro Poggia, désormais bombardé ministre de tutelle de la police, qui a tenu la plume aux côtés du procureur général Olivier Jornot pour signer, ce mercredi, la nouvelle convention qui fixe des axes prioritaires pour les deux prochaines années.

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Une ambiance particulière donc pour cette feuille de route qui vise essentiellement à fournir des lignes directrices claires et convergentes à la police tout en donnant les impulsions nécessaires. «Un axe n’est pas un inventaire des infractions les plus graves mais un domaine dans lequel nous partageons le constat qu’il y a la possibilité et la volonté de faire mieux», explique d’entrée de cause Olivier Jornot.

Un thème phare disparaît

Les sujets n’étant pas inépuisables, ni épuisés, il y a peu de changements très visibles par rapport à la précédente version. Les axes sont toujours au nombre de sept. Le seul qui disparaît est pourtant emblématique. C’est celui de la sécurité de l’espace public, un thème phare pour les deux magistrats qui ont donné naissance à ce pacte entre l’autorité de poursuite pénale et le politique. Olivier Jornot l’explique ainsi: l’évolution des vols de rue (très à la baisse) a conduit à biffer cette priorité tout en extrayant du lot la lutte contre la mendicité pour la faire passer dans le volet de la traite des êtres humains. On ne se débarrasse pas aussi facilement de ses marottes.

L’axe qui fait son entrée dans le hit-parade des priorités est intitulé: «Mise en œuvre effective des sanctions et coordination des forces de police» (notamment avec les municipales). Traduction plus dynamique: une efficacité renforcée engendre davantage de décisions pénales et il faut faire en sorte que les personnes condamnées à des amendes, des jours-amendes ou des peines de prison n’échappent pas au paiement ou à l’exécution de leurs sanctions.

«Si ce point figure dans la liste, c’est que le risque a été identifié et qu’il faut améliorer le traitement de l’ensemble des sanctions. Cela concerne toute la chaîne pénale», relève Olivier Jornot. La découverte des milliers d’amendes prescrites au Service des contraventions a visiblement fait son effet et amené l’autorité à repenser le processus et le temps nécessaires à chaque étape.

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Changement de ton

Ce nouveau volet donne un peu le ton de la convention 2018-2020. Moins dans l’action et l’opérationnel, plus dans l’analyse et le partenariat. Quitte à commencer à ressembler à la stratégie sécuritaire cantonale, en plusieurs tomes, concoctée par le département de Pierre Maudet pour les quinze prochaines années. Olivier Jornot admet un certain changement: «Il y a des domaines où il faut passer par l’appréhension, la prospection et l’analyse afin de réfléchir à l’ensemble et aboutir à des prescriptions concrètes.»

Des prescriptions concrètes, il n’y en aura pas s’agissant du trafic de stupéfiants. La lutte contre les dealers de rue et autres plus gros bonnets avait déjà disparu dans la précédente version. Non pas que Genève se soit débarrassé de la vente de drogue, mais les autorités concernées estiment avoir fait le tour théorique de la question.

«En quatre ans, nous avons identifié et réorganisé toutes les brigades qui s’occupent de ce phénomène pour gagner en efficacité», souligne ainsi Monica Bonfanti, la commandante de la police. En réponse aux critiques «simplistes» de certains politiques, Mauro Poggia ajoute que des actions constantes sont menées pour harceler les trafiquants. «Ce n’est pas parce que ce point ne fait pas partie d’un axe qu’on baisse la garde», ajoute le ministre.

Les violences en bonne place

Parmi les autres priorités toujours visées par cette politique commune – même si celles-ci sont reformulées et adaptées aux préoccupations du moment – figure en bonne place la lutte contre toutes les formes de violence. Celle qui s’exerce dans la sphère privée, celle qui frappe de manière gratuite sur le domaine public et celle qui comporte une connotation discriminatoire ou raciste. «Il faut mieux les comprendre, les cibler et les prévenir», précise Olivier Jornot. L’anticipation de la mise en service du Léman Express, avec son lot de délinquance transfrontalière, fait aussi partie de ce chapitre.

Les autres axes sont sans surprise: lutte contre une cybercriminalité galopante, sécurisation des routes, renforcement des compétences et des détections en matière de délinquance financière, traque des illégaux de la migration ou du travail, protection des policiers et autres agents publics très exposés aux quérulents.

Quant à savoir si une cinquième convention est prévue, Olivier Jornot répond que «cet outil de conduite est destiné à perdurer». L’exercice sera tout de même un peu plus compliqué sans pouvoir communiquer avec le ministre de la Sécurité, qui chapeaute toujours la détention et les migrations.

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