Le mariage de la carpe et du lapin semble, contre toute attente, fonctionner à merveille. Les milieux de l’immobilier et de la protection des locataires décident de reconduire leur accord inédit en faveur des indépendants et des microsociétés et de l’étendre bien au-delà, pour les établissements publics.

Début avril, les propriétaires et l’Asloca s’unissaient sous la houlette du Département de l’économie pour offrir une bouffée d’oxygène aux locataires pris à la gorge: l’Etat s’engageait à verser, à fonds perdu, jusqu’à la moitié du montant de la location au bailleur, tandis que les propriétaires seraient incités à renoncer à l’autre moitié. Une aide d’urgence qui concernait les baux du mois d’avril ne dépassant pas 3500 francs. «Devant le vif succès de cette mesure, il a été décidé de reconduire ce mécanisme d’exonération totale pour le mois de mai», a expliqué jeudi Pierre Maudet, ministre de l’Economie, en conférence de presse. En effet, 88% des demandes ont été acceptées par les bailleurs.

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Après ce résultat «qui n’est ni une subvention au locataire ni un cadeau au propriétaire», selon Pierre Maudet, un pas de plus a été franchi: un nouvel accord porte sur les baux commerciaux jusqu’à 7000 francs. Cette catégorie n’ayant pas bénéficié d’exemption jusqu’ici, le mois d’avril a donc déjà été payé par le locataire. Selon le même principe du «partage de sacrifice», le loyer de mai sera versé par l’Etat et le loyer de juin sera pris en charge par le bailleur lui-même. Cela concerne les établissements publics qui n’ont pas repris leur activité le 27 avril.

Enfin, pour les baux commerciaux des restaurants et débits de boissons situés entre 7000 et 10 000 francs, le principe des trois tiers s’applique aussi, à la différence près que l’aide est plafonnée à 7000 francs. Le locataire est donc tenu de s’acquitter du montant résiduel du loyer pour les périodes de mai et de juin. Il doit aussi s’engager à ne pas licencier du personnel pour des motifs liés à la crise. La reconduction de la première mesure coûte 6 millions de francs à l’Etat, le deuxième volet de l’opération 13 millions, soumis au Grand Conseil. Les montants sont symétriques pour les propriétaires.

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«Tout le monde a réussi à mettre ses dogmes de côté»

Président de l’Asloca Genève, Alberto Velasco se félicite d’un accord «qui démontre que l’Etat est présent, que des partenaires qui ne s’entendaient pas jusqu’ici parviennent à le faire, dans un esprit constructif pour préserver le tissu économique et l’emploi». Alberto Velasco salue «l’ouverture des milieux immobiliers qui ont renchéri d’eux-mêmes sans que nous ayons eu besoin de faire le forcing». Si l’association a insisté sur la nécessité de ne pas subordonner ce soutien au chiffre d’affaires, elle a aussi incité tous ceux qui pouvaient se le permettre à payer leur loyer.

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Président de la Chambre genevoise immobilière, Pascal Pétroz conclut: «Au début de l’opération, je n’y croyais pas un seul instant. Mais tout le monde a réussi à mettre ses dogmes de côté devant la gravité de la situation. L’Asloca a compris que nous n’avions pas intérêt à nous retrouver avec des locataires en défaut et que nous n’étions pas les affreux propriétaires qu’elle se figurait, acceptant même de nous faire remonter les cas problématiques.» Un échange d’amabilités inédit entre deux milieux d’ordinaire antagonistes, autour d’une opération baptisée d’un nom de code qu’il va falloir assumer: Vesta 1, Vesta 1 bis et Vesta 2, référence à la déesse du foyer chez les Romains, symbolisée par le feu sacré.