Le coup est rude pour les Services industriels de Genève (SIG). Deux mois après s'être vu refuser l'autorisation d'importer des déchets napolitains pour pallier la surcapacité de l'usine d'incinération des Cheneviers, ils doivent renoncer à faire venir 43000 tonnes de détritus autrichiens d'Innsbruck.

Le Conseil d'Etat l'a décidé hier: désormais, les déchets étrangers ne franchiront plus les frontières cantonales, à l'exception de ceux qui proviennent de France voisine. Pour le reste, les SIG devront pratiquer la préférence régionale et s'approvisionner en Suisse romande. «Des déchets en provenance du reste de la Suisse pourront être acceptés», a tout de même précisé Laurent Moutinot, le président du Conseil d'Etat.

Cette décision «ne constitue pas une surprise», assure Christian Brunier, directeur du pôle innovation et communication de l'entreprise: «Nous nous attendions à cela depuis que le Conseil d'Etat a interdit l'importation des déchets napolitains. C'est pour cette raison que nous avions sollicité son avis par courrier au sujet des déchets autrichiens.»

Un four fermé en 2010

Reste que cette interdiction bride les élans commerciaux de la régie publique. Grâce à ces importations, les SIG comptaient atténuer les effets de la raréfaction des ordures qui touche la plupart des usines d'incinération du pays, en raison de la progression constante du tri des déchets. Les Cheneviers, dont la capacité d'incinération atteint 350000 tonnes par an, fonctionnent déjà en sous-capacité: ils ont brûlé un peu moins de 300000 tonnes de déchets l'an dernier, dont près de 20000 tonnes provenaient d'Allemagne et 13000 de France.

L'obligation de se limiter aux traitements des déchets locaux nécessitera la fermeture anticipée du troisième four de l'usine. Au lieu de cesser ses activités en 2016, comme le prévoyait le calendrier, il devra être désaffecté au 1er janvier 2010.

Comment les SIG vont-ils faire face à cette nouvelle donne? «Nous avions déjà imaginé plusieurs scénarios, note Christian Brunier. La fermeture en 2010, c'est le délai le plus serré que nous avions envisagé, il nous faudra redéfinir certaines stratégies.» Pour l'heure, le directeur se garde bien d'articuler le moindre chiffre sur les pertes potentielles de l'entreprise, qui engrange quelque 72 millions par an grâce au traitement et à la valorisation des déchets. «Tout sera maintenant examiné de près», explique le haut cadre.

Des emplois à la trappe

Quoi qu'il en soit, une trentaine de personnes dont le travail est lié à l'activité du four 3 seront directement touchées par le redimensionnement de l'usine. Mais la régie fera de son mieux pour «éviter la casse humaine», assure Christian Brunier: «Nous allons examiner chaque situation. Certaines personnes pourront être reclassées, d'autres pourront partir en retraite anticipée.»

Outre la réduction des effectifs, les SIG s'apprêtent également à revoir à la hausse la taxe d'incinération. Mais en dépit du corset imposé par le Conseil d'Etat, Christian Brunier affirme ne pas craindre la concurrence des autres usines d'incinération du pays. «A l'avenir, la plupart d'entre elles devront réduire leur capacité pour s'adapter à leur bassin de population. Les déchets étrangers ne sont qu'une solution provisoire. La seule différence pour nous, c'est que nous devrons effectuer la transition plus rapidement.»

Alors que Laurent Moutinot se contentait hier de souligner que «la population ne veut pas de déchets étrangers», Christian Brunier maintenait que l'incinération de ces détritus était parfaitement sensée du point de vue du développement durable. De là à taxer les ministres d'électoralisme à dix-huit mois des cantonales, il y a un pas que le haut cadre des SIG ne franchit pas: «Le Conseil d'Etat a pris une décision politique, nous la comprenons.»