«Une intimité ancienne et subconsciente lie les hommes aux arbres.» Roger Beer, directeur du Service des espaces verts et de l'environnement de la Ville de Genève (SEVE), a parfaitement à l'esprit la nécessité de maintenir un patrimoine arborisé en bonne santé. Dans ce but, un nouveau recensement des arbres a commencé en été 1999, et se poursuit aujourd'hui encore. Une stagiaire architecte-paysagiste parcourt les différents parcs genevois pour établir une carte d'identité des quelque 40 000 arbres que possède la ville du bout du lac.

L'inventaire des arbres s'effectue plutôt en été. A une période où leur vitalité est la plus grande. Afin d'uniformiser l'approche de l'arbre, le SEVE a établi des formulaires standards dénommés bordereaux dendrologiques. Ce faisant, les relevés sont moins subjectifs et partant, plus fiables. «L'intuition n'en demeure pas moins nécessaire», précise Roger Beer.

Parmi les 350 espèces à inventorier, le recenseur a plusieurs critères à prendre en compte. La variété, la date de plantation, l'espérance de vie, le diamètre de la couronne, l'exposition au soleil, le type de sol, les dégâts au tronc, l'intérêt esthétique, etc. En fonction de ces paramètres, le dendrologue procède à des déductions et établit ainsi l'état général de l'arbre. En outre, au moyen d'un appareil laser, il effectue les repérages géographiques.

Depuis l'an passé, Roger Beer évalue à 7 à 8000 le nombre d'arbres recensés. Avec l'aide de l'Université et du Jardin botanique de Genève, le SEVE recourt à l'informatique pour portraiturer chaque arbre. Mais l'ordinateur n'accomplit pas tout. «Les derniers calculs doivent être faits à la main», déplore Roger Beer, qui souhaiterait développer encore davantage l'application informatique dans ses services.

Ceci étant, le SEVE avait déjà procédé, entre 1982 et 1985, à un recensement à l'issue duquel il avait été constaté que 80% des arbres de la ville étaient en bonne santé. Aujourd'hui, le ratio devrait être plus ou moins identique. Roger Beer estime qu'à l'époque, les vieux arbres étaient surreprésentés. Depuis le début des années 80, la Ville a toutefois accru le nombre de plantations. Pour entretenir son patrimoine arborisé, elle dépense en moyenne 150 francs par habitant et par an. Aujourd'hui, elle plante environ 400 arbres annuellement. Mais comment trouver les arbres nécessaires au repeuplement? Les contrats de culture s'avèrent bien souvent indispensables, surtout lorsqu'il faut remplacer les arbres d'un alignement, à l'instar des platanes des quais du Mont-Blanc. A ce propos, pour terminer les contrats de culture, une demande de crédit de 1 million a été déposée par le Conseil administratif.

Pas une vie facile

Ceci étant, les arbres n'ont pas la vie facile en ville. Rien à voir avec les conditions qu'ils pourraient trouver en milieu forestier. Tout d'abord, le terrain manque d'eau. De plus, en été, il fait chaud et sec. Le smog réduit aussi la quantité de lumière absorbée par les arbres. Enfin, la terre manque d'humus et s'épuise vite. Mais le directeur du SEVE ne craint pourtant pas pour leur avenir. «La population citadine a développé un rapport très fort et très irrationnel à l'arbre. Les gens ont tendance à focaliser toute la protection de l'environnement sur les spécimens de leur quartier. D'ailleurs, en hiver, lorsque les jardiniers procèdent à certains élagages, on reçoit souvent de nombreux coups de fil de personnes nous enjoignant d'arrêter le massacre. L'avenir de l'arbre en ville est donc assuré.»

Aujourd'hui, le recensement ne dévoile pas de véritables surprises, contrairement à celui des années 80 où Roger Beer avait découvert à son plus grand étonnement un plaqueminier, sorte d'ébène du sud de l'Italie près de la Perle-du-Lac. Ou encore un pin de Macédoine à cinq aiguilles qui a malheureusement succombé à Lothar. Parmi les variétés les plus courantes visibles dans les parcs genevois, on trouve avant tout des hêtres, des charmes, des tilleuls et des chênes. Mais aussi des séquoias et des cèdres, qu'ils soient du Liban, de l'Atlas ou de l'Himalaya. Les espèces exotiques ont souvent été apportées par des personnalités genevoises comme De Candolle, Saussure, Boissier ou autres Barbey.