Finances 

A Genève, le budget 2020 affrontera l’opposition de la rue

Malgré un budget lourdement déficitaire, le Cartel intersyndical de la fonction publique appelle à manifester ce jeudi 5 décembre contre une baisse des prestations

Lourdement déficitaire, le budget 2020 du canton de Genève doit affronter un autre écueil. A quelques jours de l’examen du projet par le Grand Conseil, le Cartel intersyndical de la fonction publique appelle à manifester jeudi dès 17h au centre-ville. Déjà «très préoccupante», la situation est selon lui devenue «dramatique» depuis que la Commission des finances a sabré les 412 postes supplémentaires prévus par le Conseil d’Etat. Déterminé à entamer un rapport de force, après avoir gagné une manche provisoire sur la réforme de la grille salariale des fonctionnaires (Score), le Cartel n’exclut pas un débrayage la semaine prochaine.

Peut-on s’attendre aux grands élans de 2015, où la perspective d’un «personal stop» avait fait descendre plus de 10 000 personnes dans la rue? «La menace est moins évidente cette année», reconnaît Françoise Weber, membre du bureau du Cartel, qui espère néanmoins mobiliser les collaborateurs grâce à un intense travail de terrain. «En supprimant les postes supplémentaires prévus, la Commission des finances fait preuve d’inconscience et d’irresponsabilité budgétaire, mais, surtout, elle ne dit pas quelles prestations il faudra sacrifier.» Le versement de l’annuité, qui représente 53 millions de francs, ne représente-t-il tout de même pas une victoire? «Je le perçois davantage comme un chantage, un appât pour nous faire baisser la garde», répond la syndicaliste.

«Bombe sociale à retardement»

Parmi les postes biffés par la Commission des finances, certains existent déjà, mais auraient dû être pérennisés selon les prévisions du Conseil d’Etat. Quelque 200 d’entre eux étaient dévolus au Département de l’instruction publique, pour suivre l’évolution démographique et renforcer les mesures d’insertion. «Avec leur suppression, c’est une bombe sociale à retardement qui s’annonce», déplore Françoise Weber. «On ne peut plus parler d’école inclusive, ni de formation jusqu’à 18 ans, sans moyens. Ce faisant, on coupe les ailes de politiques publiques qui ont mis beaucoup de temps à se concrétiser.»

Lire aussi: Genève s’abîme dans un déficit inquiétant

A l’entendre, cette première manifestation, organisée en dehors des heures de travail, ne serait qu’une première salve. «Il n’y a pas assez de moyens pour les secteurs de santé subventionnés, comme l’IMAD ou certains EMS, dénonce Françoise Weber. Dans certains services, comme celui de la protection de l’adulte (le SPAD), les collaborateurs sont désespérés.» Avec 500 millions de déficit, Genève ne va-t-il pas dans le mur? «Le gouvernement aurait dû anticiper les baisses fiscales liées à RFFA, ce n’est pas aux fonctionnaires d’en payer le prix.»

«Opposition de principe»

Saisie de la copie du Conseil d’Etat, la Commission des finances l’a revue à la baisse par acquit de conscience. «Au lieu d’accepter les conséquences des votations populaires et de serrer les boulons, le gouvernement a allègrement creusé le déficit, dénonce Yvan Zweifel, député PLR et membre de la Commission des finances. Nous n’avons dû faire le travail à sa place.» Avant même la suppression de ces postes, les syndicats avaient déjà décidé de manifester, note le député, dénonçant une «opposition de principe». A ses yeux, le versement de l’annuité constitue déjà un effort conséquent. «Contrairement à ce que veulent faire croire les syndicats, il existe une marge d’optimisation importante à l’Etat, les postes supplémentaires initialement prévus ne se justifient pas tous.» Le Grand Conseil examinera le budget les 12 et 13 décembre prochains.

Lire aussi: CPEG: un sauvetage à 5 milliards

Publicité