Le canton du bout du Léman snobant la Berne fédérale, c'est révolu. Tardivement mais sûrement, Genève a réalisé qu'il lui fallait un ambassadeur maîtrisant à la perfection le schwyzerdütsch pour défendre ses intérêts sous la Coupole. Il s'agit désormais de trouver la perle rare. Dans la presse de vendredi, la Chancellerie d'Etat a ouvert un poste de «lobbyiste à 100%». Cet «agent spécialisé» aura pour principale mission d'«appuyer le gouvernement dans la mise en œuvre de sa stratégie de soutien des intérêts de Genève dans les dossiers fédéraux majeurs».

Un profil très pointu

Ce n'est pas tout. L'homme ou la femme de main du canton devra aussi assumer la coordination des projets tant avec les administrations cantonale et fédérale qu'avec la députation genevoise aux Chambres fédérales. Principaux dossiers en ligne de mire: la fiscalité, les transports, l'énergie, la santé, le social et la Genève internationale.

Quelles sont les qualités requises pour devenir le ou la lobbyiste de choc du canton? En vrac: de l'entregent, des talents d'organisation et de négociation, une capacité d'anticipation, une «grande aptitude à l'analyse fine et à la synthèse»... Sans compter le CV, qui doit inclure de solides références en matière de formation et d'expérience professionnelle. Un profil pointu, en somme.

Beaucoup d'autres cantons, à l'instar de Vaud et Fribourg, ont déjà mis en place un système de défense de leurs intérêts à Berne, même si l'organisation diffère de celle que Genève a choisie. Les autorités du bout du Léman, souvent raillées sous la Coupole pour leurs fréquentes «Genfereien», avaient déjà évoqué, par le passé, la nécessité de renforcer les liens avec la Confédération et de créer des alliances avec d'autres cantons sur certains dossiers. La paternité du projet reviendrait au Vert Robert Cramer, élu au Conseil d'Etat et à la Chambre haute, qui s'est sans doute rendu compte des lacunes de Genève dans ce domaine.

Dans le canton de Vaud, le poste est occupé par Roland Eccofey, dont le titre est «délégué du Conseil d'Etat aux affaires fédérales». Son rôle, il le définit comme «facilitateur de contacts». Le Vaudois ne cache pas qu'une des grandes qualités du lobbyiste doit être la diplomatie, histoire de ne pas froisser les élus du canton sous la Coupole.

Ne plus vivre sur une île

D'ailleurs, la députation genevoise à Berne voit-elle l'arrivée du lobbyiste d'un mauvais œil? Bien au contraire, assure le conseiller national socialiste Carlo Sommaruga. «Ce poste est indispensable! Genève ne peut plus se contenter d'être la République du bout du lac qui gère ses dossiers dans son coin.» A cet égard, illustre-t-il, le dossier de la liaison ferroviaire CEVA est symptomatique: la Convention prévoyant sa création a été signée il y a près de cent ans par Genève et Berne: «S'il y avait eu quelqu'un pour suivre le dossier, on aurait pu le relancer bien plus tôt.»

La conseillère nationale libérale Martine Brunschwig Graf se réjouit également de la création du poste, même si elle désapprouve le terme de lobbyiste, qui désigne «une personne qui se balade avec un produit pour le vendre».

Or, estime la libérale, le futur agent devra plutôt s'illustrer dans des tâches de veille, d'information, de coordination, ou d'analyse. L'ex-présidente du gouvernement genevois relève que «certains à Genève ont longtemps pensé qu'ils pouvaient vivre sans se préoccuper des décisions prises ailleurs. Mais aujourd'hui, ce n'est plus possible.»