L’exclusion de Pierre Maudet marque une étape symbolique dans le feuilleton politico-judiciaire qui agite la République depuis deux ans. Sollicité, le Conseil d’Etat refuse de commenter la décision du comité directeur du PLR. La classe politique, en revanche, dit sa lassitude et sa consternation. A l’exception du PDC, qui s’abstient de juger les affaires internes du cousin PLR.

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Pour Nicolas Walder, président des Verts genevois, le PLR a tardé à réagir. «Cela fait deux ans que cette situation, à la limite de la schizophrénie, dure, estime-t-il. Critiquer un membre mais le garder en son sein, ce n’est pas tenable.» A ses yeux, le parti détient une part de responsabilité dans la crise actuelle. «En portant Pierre Maudet vers le succès, le PLR a aussi fermé les yeux sur certaines pratiques, dénonce-t-il. On sait que le ministre a bénéficié de complicités internes pour le financement de sa campagne ou encore sur l’usage du fonds Fazy-Favon.» L’exclusion du parti, que Pierre Maudet peut par ailleurs contester, n’a rien d’un épilogue: «La crise ne sera réglée que le jour où il comprendra qu’il doit se mettre en retrait, du moins jusqu’à ce que la justice se prononce», juge Nicolas Walder.

Dégât d’image généralisé

«La décision appartient au PLR et on la comprend», réagit Gérard Deshusses, président du Parti socialiste, regrettant qu’on en arrive à une telle situation. Au-delà du PLR, la crise est selon lui dommageable pour l’ensemble des partis. «Une exclusion ne fait de bien à personne, estime-t-il. Au contraire, elle alimente le discours des tous pourris.» Difficile, pourtant, de se défaire d’un leader, qui plus est brillamment élu au premier tour par le peuple en avril 2018. «Au final, c’est la démocratie dans son ensemble qui est bafouée.»

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Pierre Maudet a-t-il un avenir politique sans les couleurs du PLR? «L’intéressé nous a toujours beaucoup surpris, en bien comme en mal, rappelle Gérard Deshusses. Il ne serait pas le premier à changer de parti ou à se lancer en indépendant, même si la nécessité de se faire oublier pour un temps semble évidente.» Pour Pierre Vanek, député d’Ensemble à gauche, Pierre Maudet reste un politicien habile: «Ce n’est pas une exclusion qui va l’arrêter, bien au contraire, ça pourrait lui permettre d’accréditer la thèse du complot», souligne-t-il, soulignant que l’intéressé dispose encore de soutiens. «Je le vois bien faire recours et solliciter une assemblée générale pour compter ses troupes. Et, qui sait, fonder un nouveau cercle Fazy-Favon.»

«Crédibilité du canton entachée»

Pour Céline Amaudruz, présidente de l’UDC, l’exclusion ne change pas le fond du problème. «Je ne souhaite pas réagir à la situation de Pierre Maudet en tant qu’élu PLR, c’est son statut de conseiller d’Etat aux prises avec la justice qui m’inquiète, et ce depuis deux ans déjà», dit-elle. A ses yeux, les institutions genevoises souffrent depuis l’annonce de la mise en prévention du ministre à l’automne 2018. «Aujourd’hui, Genève ne fonctionne plus correctement, la crédibilité de Pierre Maudet est au point mort au Grand Conseil, celle du canton fortement entachée à Berne. Pour le bien de Genève, je ne vois pas d’autre issue que la démission.»

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