A Genève, le bras de fer est définitivement engagé autour du projet de budget 2021, qui prévoit un déficit de 501 millions de francs. Mardi soir, à l’appel du Cartel intersyndical, quelque 500 personnes se sont réunies au Palladium pour dénoncer le projet du Conseil d’Etat qui prévoit plusieurs mesures d’économies, dans la fonction publique notamment. Votée à l’unanimité, une résolution demande au gouvernement de renoncer à la baisse linéaire de 1% sur les salaires, mais aussi à la suppression de l’annuité en 2021 et 2023. Un arrêt de travail est prévu le 15 octobre dès 15h, suivi d’une manifestation. Un préavis de grève a également été déposé pour le 29 octobre.

«La fonction publique refuse de payer le prix de la crise du Covid-19, mais aussi des cadeaux fiscaux octroyés par le gouvernement aux grandes entreprises à travers la RFFA notamment, argumente Olivier Baud, membre du comité du Cartel. Le Conseil d’Etat martèle qu’un effort de 1% est possible, or il s’agit de bien plus. Entre 2021 et 2024, les fonctionnaires verront leurs salaires baisser de 6 à 9% en tenant compte des trois mesures prévues [la dernière étant une réévaluation des cotisations à la caisse de pension, ramenant la part de l’employeur à 58%, contre 42% pour le personnel, ndlr].»

Selon le syndicaliste, ce train d’économies «jamais vu» à Genève fait du budget 2021 un projet encore plus défavorable que celui de 2016, qui avait poussé quelque 11 000 fonctionnaires à descendre dans la rue. Alors que le Cartel représente environ 15 000 membres syndiqués, la mobilisation sera-t-elle au rendez-vous?

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Alors que les fronts se durcissent, une réunion entre le Cartel et une délégation du Conseil d’Etat a eu lieu ce mercredi après-midi. Une première depuis la présentation du budget le 17 septembre. Les positions sont restées figées. «Le Conseil d’Etat n’a pas l’intention de retirer ses deux projets de lois, comme le demandent les syndicats mais reste bien entendu ouvert à la négociation», réagit Nathalie Fontanet, ministre des Finances et des Ressources humaines. Elle constate que les syndicats organisent une grève préventive sur un budget qui ne sera voté que le 3 décembre par le Grand Conseil, tout en reconnaissant qu’il s’agit d’un droit constitutionnel. «Sur le fond, je crains que l’attitude offensive des syndicats ne creuse l’écart entre la fonction publique et le secteur privé. En ces temps de crise sanitaire et économique, ce n’est bon pour personne.»

«C’est presque indécent»

Cyril Aellen, député PLR, abonde dans ce sens: «Au lieu d’admettre que leur situation est globalement privilégiée, n’ayant pas eu à subir de baisses de salaire comme dans le secteur privé, les fonctionnaires s’accrochent à leurs intérêts personnels, déplore-t-il. C’est presque indécent.» Il ne félicite pas pour autant la tactique du Conseil d’Etat qui, selon lui, n’est pas à la hauteur des enjeux. «Le gouvernement se contente de prendre des mesures linéaires et vexatoires au lieu d’entreprendre des réformes structurelles. Les blocages actuels sont la conséquence de ces mauvais choix.»

En l’état, le projet de budget semble avoir peu de chances de passer la rampe au Grand Conseil tant les forces contestataires sont importantes. «En particulier les fonctionnaires, insiste Cyril Aellen. Il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé avec l’externalisation du convoyage des détenus, la gauche alliée au MCG a balayé la proposition du Conseil d’Etat vendredi dernier, afin d’éviter tout débat le 3 décembre.»

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A l’instar du reste de la gauche, le député socialiste Thomas Wenger dénonce les économies prévues au sein de la fonction publique. «La coupe linéaire de 1% envoie un signal très négatif à toutes les personnes qui se sont dévouées durant la crise notamment dans le domaine de la santé et du social.» Il craint toutefois les conséquences du bras de fer actuel: «Un dialogue doit absolument se renouer entre le Conseil d’Etat et les partenaires sociaux, aujourd’hui dos à dos, sans quoi le canton ira droit dans le mur.» A ses yeux, des compromis réalistes sont possibles au-delà du dogmatisme: «Il faut arrêter de parler de la fonction publique comme une entité unique, tous les fonctionnaires ne s’arc-boutent pas sur leur annuité, tous n’ont pas non plus les mêmes conditions salariales.»