Croissance

Genève contraint à densifier sur sa zone villas

La Confédération a approuvé le développement urbanistique du canton jusqu’en 2023. Mais Berne reste ferme sur la surface de terres agricoles disponible pour la construction

Genève contraint à densifier sa zone villas

Croissance La Confédération a approuvé le développement urbanistique du canton jusqu’en 2023

Mais Berne reste ferme sur la surface de terres agricoles disponible à la construction

Construire du logement est l’une des priorités de la législature du gouvernement genevois dans un canton qui n’arrive toujours pas à assumer les effets secondaires de sa croissance économique. Et tout porte à croire que la marge de manœuvre de l’exécutif cantonal sera de plus en plus ténue, en l’absence de zones à bâtir suffisantes.

Si la Confédération a approuvé avec réserve le plan directeur cantonal 2030 (PDCn) – programme de développement urbanistique du canton –, elle a également rappelé que Genève ne pourra pas continuer éternellement d’empiéter sur ses zones agricoles. Ou plus précisément, ses surfaces d’assolement (SDA), terres arables devant assurer l’approvisionnement du pays.

Dans son rapport d’examen du PDCn, le Conseil fédéral indique – en vertu du plan sectoriel fédéral des surfaces d’assolement datant de 1992 – que le canton doit conserver 8400 hectares de SDA sur les 8527 dont il dispose à ce jour. En clair, seuls 127 hectares pourront encore servir à accueillir du logement, des équipements publics ou encore des surfaces d’activités. L’approbation du plan directeur cantonal (tout comme ceux de Zurich et de Bâle-Ville) par le Conseil fédéral permet à Genève de sortir du régime transitoire dans lequel le canton se trouvait depuis le durcissement de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT). «Nous pouvons désormais procéder à des déclassements de zones», se réjouit Antonio Hodgers, conseiller d’Etat chargé de l’aménagement et du logement.

La réjouissance du magistrat sera néanmoins brève, les 127 «nouveaux» hectares ne permettant d’assurer le développement des projets urbains que jusqu’en 2023, et non 2030 comme planifié originellement dans le PDCn. «Nous sommes en liberté conditionnelle, résume le magistrat écologiste. Nous devrons démontrer à la Confédération que nous pouvons construire et densifier pour espérer obtenir des surfaces supplémentaires [des surfaces de zones à bâtir, ndlr].»

Si une dizaine de grands projets qualifiés de prioritaires peuvent voir le jour (Cherpines, Communaux d’Ambilly, Grands-Esserts ou Praille-Acacias-Vernets), d’autres restent en suspens comme celui de la Pallanterie à Vésenaz ou encore Bernex-Nord. Même la future extension de la prison de Champ-Dollon (le projet des Dardelles) est recalée en l’état par Berne. Dès lors, comment lever l’épée de Damoclès qui pèse sur ces logements? «Nous pourrions regagner des SDA, entre 40 et 60 hectares, sur des zones proches de l’aéroport ou dans d’anciennes gravières, avance Bernard Leutenegger, directeur à l’office de l’urbanisme. Nous espérons aussi réviser les plans sectoriels de la Confédération, mais il nous faudra obtenir le soutien d’autres cantons.» Une dernière alternative existe, concède le haut fonctionnaire: celle de densifier la zone villas, ce territoire qui couvre près de la moitié des «zones à bâtir» du canton, mais qui n’héberge que 13% de la population.

Le conseiller d’Etat avait pourtant prêché pour la mise en place d’une sorte de «marché des surfaces d’assolement» entre cantons. Le mécanisme proposé étant, pour Genève, d’acheter des mètres carrés qui lui manquent à d’autres cantons moins touchés par l’obligation de loger une population toujours plus nombreuse. «Cette idée n’est pas enterrée», promet Antonio Hodgers tout en réfutant les critiques quant à son incapacité à convaincre la Confédération de prendre en compte le contexte particulier de Genève, à savoir un territoire exigu. «J’aimerais bien vous voir aller convaincre Mme Leuthard», a-t-il répliqué.

Président de la Chambre immobilière genevoise, le député libéral-radical Cyril Aellen déplore la décision des autorités fédérales. «Avec ce plan directeur, nous étions parvenus à un développement équilibré. Apparemment, ce bon compromis genevois n’a pas totalement convaincu Berne. Genève contribue déjà beaucoup à la richesse du pays, la contrepartie étant d’avoir besoin, peut-être plus que d’autres, d’empiéter sur les surfaces d’assolement.»

«Nous sommes en liberté conditionnelle», résume Antonio Hodgers

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