C'est la mort dans l'âme qu'un jeune capitaine français a annoncé que la manœuvre consistant à poser un pont flottant sur toute la largeur du Rhône n'aurait pas lieu en raison d'un trop fort débit du fleuve. Mais ce fut le seul imprévu visible de la journée «Léman 99», qui a occupé jeudi dans la campagne genevoise des centaines de militaires et civils de deux pays, en présence, notamment, des ministres suisse et français de la Défense, Adolf Ogi et Alain Richard, et de la présidente du Conseil d'Etat genevois, Martine Brunschwig Graf. En 1997, un précédent exercice «Léman» s'était tenu à Seyssel, en Haute-Savoie.

Le clou de la journée d'hier, placée sous le signe de la coopération amicale franco-suisse, aura été, le matin, un exercice de sauvetage des plus spectaculaire sur la place d'armes d'Epeisses. Situation générale avant l'entrée en scène des sauveteurs, civils et militaires: «Plusieurs attentats ont provoqué la rupture d'un pont et le déraillement d'un train de marchandises dans la nuit du 30 juin au 1er juillet. Les voies de communications sont coupées. Le contenu des wagons-citernes s'est répandu à même le sol ainsi que dans les canalisations. Mélangées à l'air, les vapeurs des produits déversées ont constitué un mélange explosif qui, au contact d'étincelles, a provoqué la destruction et la mise à feu de plusieurs immeubles locatifs. Des dizaines de personnes sont prises sous les décombres.» En bref, une horreur.

Disposé sur des gradins face au théâtre des opérations, le public a eu droit à une démonstration des moyens d'intervention les plus modernes. Ce furent d'abord des explosions d'immeubles à répétition, immeubles de bois et de toiles ingénieusement construits par des troupes de sauvetage pour les besoins de l'exercice, qui dura une heure et demie. Dans la réalité, l'intervention aurait pris plusieurs jours.

Les ministres Ogi et Richard sont convenus en outre d'un échange d'unités blindées dans le courant de l'an 2000. Quant au prochain exercice «Léman», en 2001, il devrait se dérouler en France, entre Genève et Lyon, et avoir pour thème une intervention militaire franco-suisse à caractère humanitaire, à l'étranger, sous l'égide de l'ONU. L'exercice pourrait être suivi d'une intervention réelle des deux pays, côte à côte, dans un Etat tiers.