Ecole

A Genève, des cours de «sport-minceur» réservés aux filles

Garçons privés de cours et intitulé maladroit: l'activité extrascolaire «sport-minceur» fait grincer des dents. Les autorités cantonales souhaitent changer son nom «au vu de l'évolution des mœurs»

La rentrée scolaire approche à grands pas. Dans le canton de Genève, les parents ont reçu la traditionnelle brochure des activités extrascolaires. Tir à l’arc, construction d’un robot, théâtre ou couture, les enfants ont l’embarras du choix. Sur cette liste, l’intitulé d’un cours a toutefois surpris certains parents: «Sport-minceur Filles».

La séance d’aérobic, qui s'adresse aux jeunes filles en surpoids, sera ouverte aux adolescentes âgées de 12 à 16 ans le mercredi après-midi. Celle-ci doit permettre «d’améliorer son potentiel physique, mobile», et de diminuer sa masse grasse.

L’Etat de Genève entretiendrait-il le culte de la minceur? «Pour le public, ce nom renvoie probablement à l’image du mannequin. Le terme n’est pas adéquat, mais la question du vocabulaire est compliquée dans ces situations», indique Maude Bessat, diététicienne au programme Contrepoids des HUG.

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«Un premier pas»

Contactées par Le Temps, les autorités du bout du lac tiennent à lever toute ambiguïté. «L’objectif n’est pas de rendre les filles minces mais de leur faire prendre conscience que, malgré leur poids, elles peuvent s’adonner facilement à un sport, y prendre du plaisir et par la même occasion perdre éventuellement quelques kilos», précise Pierre-Antoine Preti, responsable communication au Département de l’instruction publique. L’intitulé de cette activité pourrait d’ailleurs changer. «Au vu de l’évolution des mœurs, nous réfléchissons à renommer ce cours pour ôter l’utilisation du mot minceur tout en le gardant attractif pour notre public.»

Car les jeunes en surpoids ont tendance à bouder ces programmes spécifiques. «Il faut leur donner l’envie de faire du sport indépendamment du poids. Nommer ces cours est un dur travail de communication. Il faut éviter de donner de faux espoirs en évoquant l’idée de minceur. Mais le canton fait déjà un premier pas», souligne Nathalie Farpour-Lambert, présidente de l’Association européenne pour l’étude de l’obésité.

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Cours réservé aux filles

Un premier pas réservé aux jeunes filles: il n’existe pas d’activité équivalente pour les garçons du même âge. Pourtant, ils sont autant touchés par l’obésité. «C’est problématique que les cours s’adressent uniquement aux filles. La seule éventuelle justification serait la volonté de ne pas mélanger les sexes, mais est-ce le bon choix?» s’interroge Salima Moyard, présidente de la Fédération des associations de maîtres du Cycle. Une hypothèse confirmée par Pierre-Antoine Preti: «Les filles en surpoids qui s’inscrivent à ce cours ont besoin de se sentir protégées des regards masculins pour pouvoir s’épanouir dans leurs mouvements et participer sans crainte des jugements.»

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Le cours existe depuis une dizaine d’années, et n’a jamais été ouvert aux garçons en surpoids. Comment expliquer une telle situation? «Ce n’est pas un choix délibéré. L’histoire nous a démontré, pour l’instant, que cette offre ne fonctionnait pas», répond Pierre-Antoine Preti. Les jeunes garçons doivent donc se rendre aux cours ouverts à tous. «Les jeunes en surpoids sont acceptés dans tous les cours sans discrimination liée à leur capacité physique ou sportive.» Avec le risque que cela ne soit pas adapté à leur trouble. Sans compter les possibles moqueries de leurs camarades.

Mais tout ne doit pas reposer sur le sport. Pour freiner la prise de poids, ces enfants doivent également changer leurs habitudes alimentaires. «La plupart ont des troubles anxieux et compensent cela avec la nourriture. Il est donc nécessaire de les accompagner», précise Nathalie Farpour-Lambert. En plus du sport, l’équipe pédagogique a mis en place un «groupe de parole». Les jeunes filles peuvent faire part de leurs craintes et difficultés. Une discussion libre, sans préjugés. «Ces jeunes doivent avoir du plaisir à venir pour se sentir mieux dans leur peau, et dans leur tête», souligne la pédiatre genevoise.

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