politique

A Genève, le débat autour de la caisse de pension des fonctionnaires ravivé

La Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève a été déficitaire de 75 millions de francs en 2015. Pour pérenniser la retraite des assurés, une nouvelle recapitalisation et des réformes structurelles sont envisagées

La santé financière de la Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG) fait encore parler d’elle. Sur l’exercice 2015, cette dernière a puisé dans sa fortune pour près de 75 millions de francs, révèle la RTS. Situation conjoncturelle peu favorable et taux négatifs expliquent «en partie» ces mauvais résultats, avance le grand argentier Serge Dal Busco. Pour éviter que la CPEG ne se mette «durablement dans une situation difficile», le conseiller d’Etat chargé des Finances pourrait envisager une recapitalisation plus rapide que ne le prévoit le plan originel d’assainissement. Le montant à combler d’ici à 2052 se monte à quelque 7 milliards de francs.

Fruit d’une fusion acceptée le 3 mars 2013 par 75,1% des électeurs genevois entre la CIA et la CEH – respectivement caisses de pension des enseignants et de l’administration centrale, et du personnel des établissements publics médicaux –, la CPEG avait bénéficié d’une première recapitalisation à hauteur de 800 millions de francs. Et ce, pour répondre à de nouvelles exigences fédérales en matière de capitalisation des caisses de pension publiques, exigeant d’elles un taux de couverture de 80% en 2052. Seule, cette recapitalisation ne suffisait pas à atteindre l’objectif, raison pour laquelle un plan d’assainissement sur 40 ans a été mis en œuvre. Il consiste pour l’Etat à injecter 130 millions de francs chaque année dans la caisse de prévoyance de ses fonctionnaires.

Déjà particulièrement fragile à sa création, la CPEG a vu son taux de couverture passer de 61,6% en 2014 à 59,8% en 2015. Certes, la situation n’est de loin pas catastrophique et l’horizon 2052 est encore loin. Mais ne rien faire serait inconscient, juge le département des Finances qui a tiré la «sonnette d’alarme», à l’orée du prochain pallier en 2030 qui fixe le taux de couverture à 75%. Au vu des prévisions conjoncturelles peu encourageantes pour ces prochaines années, une nouvelle recapitalisation ne suffira vraisemblablement pas à donner suffisamment d’oxygène à la CPEG. Si la dégradation se prolonge, une réforme de la structure de financement de la caisse devra être entamée. Avec pour conséquence de métamorphoser le débat financier en joute politique.

Quelles sont les pistes envisagées? Plusieurs options sont sur la table. L’effort financier – actuellement réparti à raison d’environ 55% pour les assurés et 45% pour l’Etat – pourrait être modifié et accru au détriment des fonctionnaires. Tout comme le ratio de la prise en charge des cotisations (deux tiers par l’employeur, un tiers par l’employé) qui pourrait être revu. Enfin, c’est tout le modèle qui pourrait changer en passant d’un système de «primauté des prestations» à celui de «primauté des cotisations». En d’autres termes, la fin du versement d’une rente comprise entre 92% et 80% du dernier salaire net (AVS comprise) vers une rente corrélée au montant de la cotisation.

Mais une autre piste est soulevée par le député libéral-radical Cyril Aellen. Celle d’un ajustement de l’âge de la retraite des fonctionnaires à celui de l’AVS. «Mais cette mesure, seule, ne suffira pas.» En 2013 déjà, l’élu demeurait sceptique sur le plan d’assainissement de la Caisse de prévoyance de l’Etat. «Le chemin de croissance retenu était déjà trop optimiste. Vous ajoutez à cela une caisse fébrile et une conjoncture peu favorable, vous arrivez à la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui.» Seule certitude à ses yeux, il est totalement illusoire de penser que les contribuables accepteront de renflouer cette caisse sans effort de la fonction publique.

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