Environnement

A Genève, les députés verts s’attaquent à l’aéroport

Les écologistes veulent forcer la plateforme à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre et demandent que la moitié de ses bénéfices, actuellement reversés à l’Etat, soient investis pour le climat

Genève ne lutte pas suffisamment contre le réchauffement climatique. C’est l’avis des Verts qui lancent un train de mesures pour forcer le canton à se montrer plus ambitieux. Quatre textes vont être déposés à la prochaine session parlementaire d’octobre. Ils touchent notamment l’aéroport, qui produit à lui seul un quart des émissions de gaz à effet de serre du canton.

L’offensive verte pour le climat vise à «passer de la parole aux actes» pour atteindre la neutralité carbone en 2050, objectif fixé par le canton. «Alors que les autres partis se targuent aujourd’hui de défendre le climat, nous espérons être suivis sur des mesures concrètes et efficaces», avance la députée Isabelle Pasquier. Première cible: l’aéroport international de Genève. «Nous demandons que la moitié de ses bénéfices, soit environ 42 millions de francs, soient affectés au financement du Plan climat cantonal», détaille-t-elle. Aujourd’hui, cette somme est reversée à l’Etat mais sans affectation particulière. La motion va même plus loin en demandant que 10% des bénéfices que l’aéroport conserve aujourd’hui, soit environ 5 millions, soient également investis pour le climat.

«Crise climatique majeure»

Le Plan climat cantonal concocté par le Conseil d’Etat est par ailleurs jugé insuffisant par les Verts qui ont mandaté l’ONG Noé21 pour s’assurer que les engagements pris pour 2018-2022 sont à la hauteur de la «crise climatique majeure». Les résultats seront publiés en début d’année prochaine.

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L’aéroport est également visé par un second texte. «Nous voulons inscrire l’urgence climatique et la protection de l’environnement dans la loi pour le forcer à mettre en œuvre une stratégie spécifique de réduction des émissions de gaz à effet de serre générées par le trafic aérien», détaille le député Yvan Rochat. Reconnaissant que la marge de manœuvre du canton est moindre sur le sujet, il estime toutefois que des «opportunités» existent pour faire bouger les lignes. «L’aéroport est labellisé par un programme international de certification carbone et dispose d’une commission consultative sur le CO2 qui ne se réunit quasiment jamais, c’est l’occasion de réactiver ces leviers.» Soumise au vote le 24 novembre, l’initiative pour le pilotage démocratique de l’aéroport demande elle aussi de limiter l’impact environnemental.

Panneaux photovoltaïques et pompes géothermiques

Du côté de Cointrin, la direction affirme prendre la problématique du climat très au sérieux. «Nous nous engageons fermement pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre liées à l’exploitation de l’aéroport  afin d'atteindre la neutralité carbone au plus tard en 2050», souligne le directeur André Schneider. Comment? Sur les opérations qui dépendent directement de l'aéroport, la direction cite le remplacement des véhicules à moteur qui circulent sur le tarmac par des véhicules électriques ou encore l'installation d'un nouveau système de chauffage relié à Genilac complété par des panneaux photovoltaïques et pompes géothermiques. «En parallèle, nous luttons contre le bruit du trafic aérien en poussant les compagnies à renouveler leur flotte: un avion qui fait moins de bruit consomme également moins de carburant», souligne André Schneider. 

«Intérêt éthique et financier»

Sur le front des investissements, une motion demande que la caisse de pension des fonctionnaires de l’Etat et la Banque cantonale de Genève cessent d’investir dans les énergies fossiles. «Il y a un intérêt éthique, mais aussi financier, à changer de politique car le rendement des investissements carbone n’est pas assuré à moyen terme», estime le député Pierre Eckert. Les Verts avaient déjà tenté d’imposer une telle mesure, en vain. Pourquoi revenir à la charge? «Cette version, légèrement moins contraignante, a davantage de chance d’être acceptée, mieux vaut une politique des petits pas que le statu quo.»

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A en croire les Verts genevois, cette première salve n’est qu’un avant-goût. «Il faut un véritable plan Marshall d’au moins 2 milliards de francs pour revoir en profondeur les politiques publiques», estime le député Jean Rossiaud. Prochaines cibles: la fiscalité et la rénovation énergétique des bâtiments.

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