Le plafond du nombre de travailleurs frontaliers n'arrête pas de voler en éclats. Avec 858 permis délivrés dans le courant du mois d'octobre, ils sont désormais 44 170 ressortissants européens à traverser chaque jour la frontière pour travailler à Genève. Depuis l'extension de l'Accord bilatéral sur la libre circulation des personnes, le 1er juin dernier, le canton a accordé 4167 permis de frontaliers. Il n'en avait distribué qu'un peu plus de 1600 depuis le début de l'année 2004, sur une durée semblable.

Qui sont ces nouveaux frontaliers? Cinq mois après la suppression de la préférence nationale et du contrôle préalable des conditions de travail, l'Office cantonal de la statistique a dressé leur profil. Ils sont majoritairement jeunes: deux sur trois ont entre 20 et 34 ans, quatre sur cinq entre 20 et 39 ans. Ils ont surtout été engagés dans les services commerciaux et consultants (939), l'hôtellerie et la restauration (470), le commerce de détail (456) et l'industrie (446). Ils ont pour la plupart une qualification professionnelle. Nonante-cinq pour cent sont d'origine française.

Pas de corrélation avec le chômage

Dans leur très grande majorité, les frontaliers nouvellement inscrits résident à proximité de la frontière dans les arrondissements de Saint-Julien (qui englobe Annemasse), de Thonon et du Pays de Gex. A noter, cependant, la proportion croissante de ceux qui viennent de Nantua et de la vallée de l'Arve, au-delà d'une trentaine de kilomètres de Genève.

Globalement, les statisticiens estiment que «la forte poussée des nouvelles inscriptions s'intègre dans une continuité en termes de profil socio-démographique et d'insertion professionnelle». Pour le directeur de l'Office cantonal de la statistique, Dominique Frei, «il n'est pas pertinent de mettre en parallèle la hausse du nombre de frontaliers à celle des demandeurs d'emploi. Car elles sont structurellement différentes».

Les emplois occupés par les nouveaux arrivants ne correspondraient pas à ceux recherchés par les chômeurs. Toutefois, Dominique Frei reconnaît «qu'avec la libéralisation du marché du travail, le bassin de l'emploi genevois s'est agrandi et qu'il y a de fait une plus forte concurrence».

Néanmoins le directeur de l'Office cantonal de la statistique prédit pour très bientôt une stagnation de la population de frontaliers à Genève: «Les pays qui, comme la Belgique ou le Luxembourg, ont été confrontés à la libre circulation des personnes ont assisté à une accélération du nombre des travailleurs frontaliers durant quelques mois. Puis la situation s'est stabilisée.»