La droite genevoise n'en démord pas: la route peut être un enjeu aussi mobilisateur que le CEVA ou la troisième voie CFF. Forte de cette conviction, elle a plaidé hier pour la création d'une troisième voie d'autoroute entre Genève et Saint-Prex. Elle a aussi, pour la énième fois, réclamé une traversée du lac, au plus tard d'ici 2028. Mais en attendant que ces projets d'envergure trouvent les soutiens et les fonds fédéraux nécessaires à leur réalisation, l'Entente bourgeoise, unie pour l'occasion à l'UDC, veut parer au plus pressé: elle réclame la transformation de la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute en troisième voie, entre l'aéroport de Cointrin et le pont qui surplombe la Versoix.

«L'autoroute est déjà saturée à l'heure actuelle, et la réalisation d'une troisième voie n'est pas envisageable avant huit ou dix ans, estime le député radical Jacques Jeannerat. En revanche, l'utilisation de la bande d'arrêt d'urgence pourrait être mise en place en dix-huit mois, ce qui permettrait de fluidifier rapidement le trafic près de Genève.» Ce projet, qui fait l'objet d'une motion déposée au Grand Conseil, fait écho à l'expérience actuellement en préparation à Morges.

Afin de résorber les bouchons qui asphyxient la ville matin et soir aux heures de pointe, la bande d'arrêt d'urgence entre Morges-Est et l'échangeur d'Ecublens, sur une distance de quatre kilomètres, sera utilisée comme troisième voie, «mais seulement lors des pics de trafic. Au début, cela ne sera pas plus de deux heures par jour», précise Pierre Schneider, chef de la filiale de l'Office fédéral des routes à Estavayer-le-Lac.

Les travaux pour aménager le tronçon seront effectués en 2009 et le dispositif sera prêt en 2010. Des places d'évitement seront créées pour les voitures en panne et un système de contrôle vidéo et de signalisation télécommandé sera mis en place afin de fermer la voie en cas de problème. Au total, la facture oscillera entre 30 et 35 millions de francs, pris en charge par la Confédération.

Eviter les effets pervers

Un projet que l'on suit de près à la Direction générale de la mobilité à Genève, où l'on juge intéressante l'idée d'utiliser la bande d'arrêt d'urgence. «Mais ici, il faudrait s'assurer que fluidifier la circulation au Vengeron ne créera pas d'effets pervers à l'entrée de la ville ou en encombrant encore davantage la route Suisse et les différentes sorties d'autoroute jusqu'à l'aéroport», souligne Yves Delacrétaz, le directeur du service.

En guise de solution, et dans la perspective de la création d'une véritable troisième voie, les députés de la droite genevoise s'empressent de prôner la construction de parkings relais à l'approche de la ville. Ils espèrent ainsi convaincre que leurs revendications ne visent pas à privilégier le trafic privé au détriment des transports publics: «Il s'agit d'une démarche globale et complémentaire», assure le libéral Alain Meylan.