Mobilité

A Genève, les e-cars détrônent les e-bikes

Dès 2019, la subvention de 250 francs pour l’achat d'un vélo avec batterie sera transférée aux bornes de recharge pour véhicules électriques. Un changement de stratégie critiqué à gauche

Dès l’année prochaine, l’Etat de Genève cessera de délivrer des primes pour les vélos électriques, mais subventionnera l’achat de bornes de recharge pour véhicules électriques, qui seront par ailleurs exonérés d’impôts durant six ans. Après avoir subventionné durant huit ans l’acquisition de bicyclettes à hauteur de 250 francs, le canton s’apprête à prendre un virage radical, au grand dam de la gauche, qui rappelle les engagements de celui-ci en matière de mobilité douce.

La décision s’inscrit dans le cadre du plan d’électromobilité 2030, adopté par le Conseil d’Etat fin juin 2017, avec l’objectif d’atteindre 10% de véhicules électriques dans le parc automobile genevois – la part s’élève aujourd’hui à 2,12%. La borne de recharge n’est pas comprise dans l’achat d’un véhicule électrique dont le prix en entrée de gamme avoisine les 20 000 francs. Pour un produit de bonne qualité, il faut compter entre 1000 et 2000 francs avec l’installation, dans le garage d’une maison individuelle ou d’une coopérative. Le canton communiquera le montant de l’aide destinée aux privés et la procédure d’obtention au moment de l’entrée en vigueur de l’offre. Aujourd’hui, Genève compte quelque 220 bornes de recharge installées sur le domaine public.

«Subvention pas éternelle»

Depuis 2010, le canton a subventionné l’acquisition de 14 000 vélos électriques pour un montant annuel de 500 000 francs. Il compte atteindre les 15 000 d’ici à la fin de l’année. Mais toutes les bonnes choses ont une fin. «Une subvention n’a pas vocation à être éternelle, rappelle Roland Godel, porte-parole du Département des infrastructures. L’impulsion pour le vélo électrique a fonctionné, ils sont de plus en plus nombreux sur les routes.»

Lire aussi: A Genève et à Lausanne, le vélo est encore à la traîne

En tant qu’élu vert, le chef du Département du territoire sacrifie-t-il la mobilité douce au profit de l’environnement? «Non, répond Antonio Hodgers. La promotion de la mobilité douce passe aujourd’hui par le développement d’infrastructures cyclistes, plutôt que par une subvention des vélos électriques, estime-t-il. L’électromobilité est un enjeu complémentaire: il s’agit de remplacer le parc cantonal de voitures essence et diesel par des véhicules moins polluants.»

«Moteur électrique silencieux»

Dans le contexte citadin de Genève, la voiture électrique permet, selon lui, de résoudre une partie des problématiques liées à la pollution, au bruit et à la qualité de l’air. «Son utilisation ne produit absolument aucun gaz d’échappement et le moteur électrique est parfaitement silencieux, souligne Antonio Hodgers. Il ne s’agit pas de mettre plus de voitures sur les routes, mais de s’assurer que celles qui y sont soient moins polluantes. Nous voulons encourager le propriétaire qui change de véhicule à passer à un mode plus durable.»

Il n’empêche, que répond-il aux cyclistes qui se sentent trahis? «La promotion de l’usage du vélo – quelle que soit sa forme – reste une priorité importante pour Genève, affirme Antonio Hodgers. C’est pourquoi une partie de l’enveloppe de la subvention initiale, soit un montant annuel de 100’000 francs servira à soutenir l’achat de vélos-cargos et à financer des cours de conduite.»

Intervention parlementaire possible à gauche

Des arguments loin de convaincre Thomas Wenger, député socialiste et membre de la Commission des transports. «La décision du gouvernement va à l’encontre de la politique de mobilité prônée, à savoir renforcer la mobilité douce dans les centres urbains, construire des pistes cyclables sécurisées et continues, déplore-t-il. Des études démontrent que le vélo électrique constitue une véritable alternative au scooter et à la voiture sur des distances courtes: or, la part modale du vélo à Genève n’est que de 5%, il faut poursuivre l’effort.» Pour le député, la stratégie du canton, peu convaincante, doit évoluer. Il n’exclut pas une intervention au Grand Conseil en ce sens.

«Désengorger la ville»

Même constat chez la verte Delphine Klopfenstein. «Il ne s’agit pas de faire plaisir aux cyclistes, mais bien de désengorger la ville, avance-t-elle. Certes, une voiture électrique vaut mieux qu’une voiture diesel, mais cela reste un véhicule de plus sur la route. Dont le coût s’avère encore trop élevé pour bon nombre d’habitants.» A ses yeux, il n’y a pas lieu de mettre en concurrence deux modes de transport: «Pourquoi ne pas conserver les deux subventions?»

Lire aussi: A Genève, l’incitation à l’achat de voitures électriques est dans l’impasse

Avec ses deux casquettes de député PLR et vice-président de Pro Velo, Rolin Wavre tempère. «Il faut considérer la situation de manière plus large, estime-t-il. Le but n’est pas de supprimer les voitures, mais d’encourager la complémentarité des modes de transport.» L’argument du «chacun son tour» suffira-t-il à éviter une nouvelle guerre des transports à Genève?

Publicité