Elèves en quarantaine, classes confinées: à Genève, la pression monte sur les écoles, pour l’heure épargnées par le semi-confinement instauré dimanche dernier. Face à l’augmentation des cas dans le canton, une fermeture est-elle inévitable, comme le craignent les syndicats? Suspendu à l’évolution sanitaire, le Département de l’instruction publique (DIP) réfléchit à plusieurs options, de l’enseignement à distance aux classes en demi-groupes. Le scénario d’une fermeture ciblée, au secondaire II par exemple où les étudiants sont pour certains adultes, est également évoqué.

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«Je vous informe que la médecin cantonale a décidé, ce jour, de mettre en quarantaine les élèves d’une classe de l’établissement.» Ces dernières semaines, des parents ont reçu un courrier similaire les informant que leur enfant suivrait désormais les cours à domicile. Après le Cycle de Drize, c’est celui de la Florence qui est aujourd’hui concerné et les cas pourraient à l’avenir se multiplier.

Remplaçants à la rescousse

Pour le DIP, ces quarantaines sont équivalentes à ce qu’il se passe dans le reste de la société. «Tout n’est pas optimal, on reste dans une situation de crise, rappelle le porte-parole Pierre-Antoine Preti. Les plans de protection sont constamment redéfinis en fonction de l’évolution de la situation sanitaire.» Outre les élèves, certains enseignants sont eux aussi absents, en quarantaine, ou malades. «Notre grand bassin de remplaçants est sous tension mais pour l’instant nous arrivons à répondre aux besoins», précise Pierre-Antoine Preti. Une clause covid permet par ailleurs aux enseignants confinés mais en bonne santé d’enseigner depuis leur domicile avec l’aide d’un surveillant présent dans la classe. Certains maîtres à temps partiel ont également accepté d’augmenter leur temps de travail.

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Lorsqu’une classe est mise en quarantaine, un enseignement à distance est instauré par visioconférence. Toutes les écoles genevoises sont-elles équipées? La majorité des classes du secondaire II disposent désormais de caméras et le matériel se déploie au cycle d’orientation, indique le DIP. Au primaire, ce dernier mise sur des plateformes de dépôt de matériel scolaire, concept qui avait «bien fonctionné lors de la première vague». Par ailleurs, la formation continue des quelque 7500 enseignants du canton aux enjeux numériques se poursuit. «On met les bouchées doubles pour réduire l’écart entre les maîtres formés et les autres», souligne Pierre-Antoine Preti qui précise que cette formation, facultative avant la crise, a été considérablement renforcée.

Manquements durant les récréations

Introduit lundi dernier, le port du masque obligatoire au cycle d’orientation n’a pas encore montré ses effets sur les chiffres de la pandémie. Est-il vraiment respecté? «D’après les échos du terrain, oui, mais on sait que des manquements se font sentir notamment au moment de la récréation», note le porte-parole du DIP. A Genève, les masques sont fournis aux élèves et aux enseignants du cycle d’orientation. Ils ne sont pas obligatoires en primaire.

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L’éventualité d’une nouvelle fermeture des établissements scolaires inquiète les syndicats. «Une telle décision aurait des conséquences graves sur le cursus des élèves, prévient David Fernex, membre du bureau de la Fédération des Associations des maîtres du cycle d’orientation. Au printemps, on craignait les dégâts causés par l’enseignement à distance, on a aujourd’hui les preuves d’un décrochage chez bon nombre d’élèves qui n’ont pas réussi à suivre le rythme, par manque de soutien, de motivation ou de matériel informatique.» Outre le fait que certains chapitres n’ont pas pu être abordés, c’est la «perte des habitudes de travail» qui inquiète l’enseignant.

Risque de creuser les inégalités

La question des écoles se pose ailleurs en Suisse romande. Pour Samuel Rohrbach, président du Syndicat des enseignants romands, le manque de professeurs est l’une des préoccupations majeures à court terme. «Lors de notre dernier point de situation, jeudi dernier, tout semblait encore sous contrôle, mais on constate de plus en plus de cas de quarantaines chez les élèves et chez les enseignants», prévient-il. Comme David Fernex, il espère à tout prix éviter une fermeture susceptible de creuser les inégalités. «Les autorités doivent trouver des solutions cohérentes et coordonnées pour permettre la poursuite de l’enseignement que ce soit en demi-groupe ou une semaine sur deux afin d’éviter la mise en quarantaine d’une classe entière.»