Le patron de la Brasserie Genevoise, Boulevard helvétique, est maussade : la clientèle est plutôt rare ce matin. Le samedi, jour de marché, l’affluence est d’ordinaire bonne. Mais cette journée n’est pas ordinaire. Depuis minuit, on ne fume plus dans les cafés genevois conformément à la volonté des électeurs qui le 28 septembre ont approuvé à 82% l’interdiction du tabac dans les établissements publics.

Ce plébiscite a confirmé le scrutin de février 2008 qui ensuite avait fait l’objet de recours. La cigarette avait alors été bannie des bistrots mais seulement pendant trois mois. « La nouvelle loi autorise l’aménagement de fumoirs mais je ne veux pas investir 30 000 francs là-dedans. Je ne vais pas enfermer ma clientèle dans un aquarium » s’insurge le cafetier.

Au bistrot des Halles de Rive, lieu incontournable de rencontre du samedi matin, les serveurs n’ont pas encore rangé les cendriers. « C’est déjà interdit de fumer ? On ne savait pas, on croyait que ça commençait ce soir à minuit » s’étonne Michelle. Elle poursuit : « C’est bien pour nous qui toute la journée avalons de la fumée, sans compter les frais de teinturerie car la fumée, ça colle aux vêtements et ça pue. Mais le gérant il est de sale humeur, les gens viennent ici pour boire et fumer, ça va ensemble, s’ils ne fument plus, ils ne boivent plus »

Désobéissance civile

Laurent Terlinchamp, le président de la Société des cafetiers, restaurateurs et hôteliers de Genève pronostique un manque à gagner « allant jusqu’à 50% ». « L’autorisation des fumoirs est tout de même un moindre mal. Le canton de Vaud et la France voisine les expérimentent déjà et ça se passe plutôt bien » indique le responsable.

Les anti-fumée, regroupés au sein du comité d’initiative « Fumée passive et santé », ont bondi à l’annonce de l’aménagement possible de ces fumoirs. Ils devraient déposer un recours.

De leur côté, les pro-fumée font circuler une pétition appelant à la désobéissance civile. Une quarantaine de cafetiers se disent prêts à laisser les cendriers sur les tables. En cas de constat d’infraction, il en coûtera de 100 à 1000 francs aux fumeurs comme aux restaurateurs. D’autres n’enlèveront pas les chaufferettes à gaz sur leur terrasse, pourtant interdites à Genève. Par ailleurs, la ville a décidé au vu de la météo clémente de faire un petit geste en prolongeant de deux semaines, soit jusqu’au 15 novembre, l’autorisation d’exploiter les terrasses saisonnières. Pendant quelques temps, on pourra donc continuer à boire et fumer, mais au grand air.