Pendant la récréation, votre fille joue-t-elle avec des garçons ou reste-t-elle avec ses copines? Qui profite majoritairement du terrain de football? L’utilisation de la cour d’école est-elle vraiment égalitaire? A Genève, Ensemble à gauche (EàG) s’interroge. «Selon plusieurs études, les garçons jouent au centre de l’espace, reléguant ainsi les filles dans les marges», explique Brigitte Studer, conseillère municipale EàG. Le parti souhaite ouvrir le débat et propose un réaménagement des préaux des écoles primaires, de manière à mieux répartir l’utilisation de l’espace entre les genres. Mardi dernier, il a déposé une motion au Conseil municipal. Il demandera l’urgence à la prochaine session au début du mois de mars.

Réduire le sexisme dans l’espace public

«L’espace public des enfants, c’est le préau, indique Brigitte Studer. Chaque genre doit pouvoir y évoluer sans écraser les autres. Je suis convaincue que repenser l’agencement d’un préau de manière plus inclusive contribue à réduire le sexisme dans l’espace public de manière générale.» Alessandra Cencin, cheffe de projet pour Le 2e Observatoire, un institut de recherche et de formation sur les rapports de genre, abonde dans ce sens. «Les comportements genrés sont encouragés socialement dès le plus jeune âge. Dans le préau, filles et garçons jouent très peu ensemble, se pensant trop dans la différence. Il est important d’agir le plus tôt possible pour encourager une réelle mixité, et non pas de se contenter d’une coexistence scolaire qui, de fait, renforce les rôles de genre», estime-t-elle.

Revoir l’aménagement va-t-il vraiment changer les choses? «Il faut également encourager les filles à prendre leur place, mais cela va de pair avec l’organisation de l’espace», complète la conseillère municipale. Concrètement, Ensemble à gauche propose de sélectionner six établissements volontaires à travers un projet pilote et d’évaluer ensuite leurs réalisations. «On pourrait leur suggérer la mise en place d’installations sportives multiactivités afin que le préau soit mieux partagé», déclare Brigitte Studer. La réflexion serait d’autant plus inclusive qu’elle ferait participer les enfants et les enseignants des écoles concernées.

«Les filles et les garçons ne jouent pas ensemble»

Qu’en pense la droite? Pascal Altenbach, conseiller municipal UDC, reconnaît que les filles ont généralement moins de place dans le préau que les garçons. Cependant, il s’oppose fermement à ce que la cour de récréation devienne un espace «d’instrumentalisation». «C’est un abus de pouvoir des enseignants que de s’attaquer au comportement des enfants et de les manipuler», déclare-t-il. Pour le conseiller municipal, il est important de ne pas supprimer une activité sous prétexte qu’elle serait genrée. «Il faut trouver une solution intelligente qui permette de conserver les jeux dits masculins», affirme-t-il.

Dans ce débat, l’exemple du football revient fréquemment. Pratiqué principalement par les garçons, il prend souvent toute la place dans la cour de récréation. Faut-il le supprimer pour résoudre le problème? «Interdire une activité n’est pas une solution. On peut lui donner une place moins centrale, proposer d’autres jeux, moins connotés, qui puissent fédérer filles et garçons, et surtout prendre conscience des enjeux présents dans ces espaces qui ne sont pas que ludiques», signale Alessandra Cencin.

Des cours de foot pour les filles

Pour régler le problème du football à la récréation, plusieurs établissements ont déjà fait preuve de créativité. L’école du XXXI-Décembre, dans le quartier des Eaux-Vives, a supprimé les buts, reléguant ainsi cette activité dans la périphérie du préau. A l’école de Chandieu, près de Varembé, des cours de football ont été proposés aux filles afin qu’elles puissent développer des compétences et se sentir légitimes dans cette activité. Dans l’établissement de Champ-Joly, à Plan-les-Ouates, la pratique du football se fait désormais en alternance.