«Il s’agit aujourd’hui de savoir si Genève veut encore ou non du projet d’agglomération, si elle veut se refermer sur elle-même ou s’ouvrir.» Maire de Chevrier (Haute-Savoie), président de la Communauté de communes du Genevois, Bernard Gaud est une voix qui porte dans la région. L’élu est aigri: il a appris que le canton de Genève revenait sur ses engagements en faveur des infra­structures côté français. Lors de la réunion du bureau du CRFG (Comité régional franco-genevois) qui s’est tenu le 11 décembre dernier à l’aéroport de Genève, les trois conseillers d’Etat présents (Michèle Künzler, François Longchamp et Pierre-François Unger) ont fait savoir que l’apport financier serait reporté. Le contexte budgétaire tendu et l’approche des élections cantonales justifieraient cette décision.

Subventions menacées

Lors de la signature le 28 juin 2012 du projet d’agglomération version 2, Genève avait paraphé un accord portant sur le versement de 240 millions d’euros réparti sur dix ans concernant des projets transfrontaliers. Les interlocuteurs français, le président de la région Rhône-Alpes Jean-Jack Queyranne le premier, n’ont pas apprécié le revirement suisse. Présent lui aussi lors de cette réunion, Robert Borrel, président de l’ARC (Association régionale de coopération) et vice-président d’Annemasse-Agglo, témoigne: «Ce fut en effet tendu. Le recul de nos partenaires genevois nous met dans l’embarras. Je pense au prolongement de la ligne de tram 12 jusqu’au quartier du Perrier à Annemasse, chantier d’un coût de 90 millions d’euros, l’aide genevoise est dans ce contexte la bienvenue. Nous avons acquis du foncier et les travaux devaient commencer avant la fin de 2013.» Ils pourraient être suspendus, voire remis en cause.

Annemasse comme Saint-Genis-Pouilly ont obtenu, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, des promesses de subventions de l’Etat français pour ces projets de transport collectif (10 millions pour la ligne vers Annemasse, 4,5 millions pour le prolongement du tram vers Saint-Genis), «à la condition de présenter un calendrier démontrant le démarrage des travaux avant fin 2013» «Nos subventions vont tomber», constate, amer, Bernard Gaud. Il estime que le télescopage avec l’enjeu électoral de 2013 explique le recul genevois. Un élu gessien abonde dans le même sens: «La crainte des conseillers d’Etat est que ces projets transfrontaliers en partie financés par le canton vont faire le jeu des partis populistes. Vous vous rendez compte, Genève qui donne de l’argent pour que ceux que certains appellent la racaille d’Annemasse arrivent plus vite en ville de Genève? C’est tout bon pour le MCG.»

Interpellé sur ce supposé désengagement genevois, le conseiller d’Etat François Longchamp a infirmé cette «rumeur». Pierre-François Unger précise de son côté: «Il n’y a pas du tout de remise en cause de financement. Nous devons simplement choisir les projets qui font sens immédiatement, comme le parking d’échange de Veigy que la population réclame. Il ne s’agit pas de tout mettre dans le même sac, il faut agir avec méthode et nos partenaires français doivent le comprendre, c’est la meilleure façon d’éviter les référendums.» Le conseiller rappelle par ailleurs que le canton a concédé une baisse de 26% de ses investissements et qu’à Genève «il manque au moins deux collèges».

Jean-Jack Queyranne se veut apaisant: «Dans une période de contrainte budgétaire pour toutes les parties, il y a toujours la tentation de retarder les échéances financières mais j’ai toute confiance quant à l’engagement de nos partenaires genevois, conscients des enjeux, sur l’accord conclu le 28 juin».