Difficile d’imaginer pire. Une voiture qui sort d’un parking, percute une poussette et blesse mortellement une enfant de 18 mois. Jugée vendredi selon une procédure simplifiée, l’octogénaire qui se trouvait au volant n’a pas eu la force de se présenter à l’audience du Tribunal de police de Genève. La maman de la petite victime non plus. Seul le père était là pour entendre la présidente valider cette issue négociée qui aboutit à une condamnation à 2 ans de prison avec sursis pour homicide par négligence.

Poussette traînée

Ce procès de quelques minutes ne dira rien sur le drame qui s’est joué le 9 juin 2016 à Chêne-Bougeries. En ce début d’après-midi, le père rentre tranquillement chez lui avec sa fillette. Au même moment, la conductrice quitte le parking de la Coop au volant de sa Citroën. Arrivée à la sortie et à la hauteur du passage piéton, l’octogénaire, «inattentive» selon les termes de l’acte d’accusation, omet d’accorder la priorité au père qui s’engage pour traverser. Elle percute, avec l’avant gauche de son véhicule, la poussette dans la laquelle se trouve la petite.

L’horreur ne s’arrête pas là. Suite au heurt, l’octogénaire perd la maîtrise, accélère fortement, arrachant de sorte la poussette des mains du père et la traînant de l’autre côté de la chaussée. Elle finit sa course en percutant une voiture stationnée en face. L’enfant, écrasée entre les deux véhicules, est grièvement blessée à la tête. Elle décédera une heure plus tard aux urgences pédiatriques. Ses parents, des ressortissants d’origine mongole, sans statut de séjour, obtiennent une admission provisoire le temps de la procédure.

Imprudence coupable

L’enquête, menée par le procureur Dario Nikolic, montre que l’octogénaire n’a pas bu une goutte d’alcool. Par contre, celle-ci prend des antidépresseurs et des médicaments pour faire baisser sa tension. Défendue par Mes François Micheli et Deborah Hondius, elle a passé un contrôle deux ans avant cet accident et le médecin a confirmé son aptitude à conduire. La piste d’un certificat médical de complaisance, délivré trop légèrement, n’a pas été explorée plus en avant par le Ministère public.

Questionnée par la présidente, l’avocate précise que sa cliente a renoncé à son permis depuis l’accident et ne compte plus toucher un volant. Elle a été reconnue coupable d’homicide par négligence pour avoir violé ses devoirs de prudence en ne prêtant pas l’attention voulue aux piétons et en perdant la maîtrise de son véhicule.

Les parents de la victime ont déjà été indemnisés sur le plan civil. L’assurance a versé 50 000 francs à la mère et 60 000 francs au père à titre de tort moral. Ils ont eu un deuxième enfant durant la procédure et cette nouvelle naissance semble avoir fragilisé encore davantage une maman dévastée.

Contrôle retardé

Une ordonnance fédérale impose un contrôle médical dès l’âge de 70 ans. Celui-ci doit être répété tous les deux ans. Mais cela va bientôt changer. Le projet de révision de la loi sur la circulation routière, inspiré par une initiative parlementaire du conseiller national UDC Maximilian Reimann, prévoit de relever à 75 ans le premier examen médical pour conducteurs âgés, lequel devra aussi être mis à jour tous les deux ans.

En 2016, environ 10 000 personnes âgées ont restitué volontairement leur permis de conduire lors d’un examen de contrôle et 6000 d’entre elles l’ont fait à l’occasion du premier examen des 70 ans. La catégorie des plus de 80 ans est considérée comme particulièrement à risque.

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