Erwin Sperisen est déclaré encore plus coupable en appel

Genève L’ancien chef de la police du Guatemala est condamné pour dix assassinats. La perpétuité est confirmée

Devant la justice

Erwin Sperisen avait raison de ne plus se faire trop d’illusions. Son appel a été balayé mardi par les juges genevois et il écope une nouvelle fois de la prison à vie. Pire. La cour a encore aggravé le cas de l’ancien chef de la police nationale du Guatemala en retenant son implication dans les trois assassinats de fugitifs pour lesquels il avait été acquitté lors du premier procès. Seul soulagement pour celui qui était surnommé «le Viking» du temps de son pouvoir, l’arrêt ne retient pas qu’il a lui-même tiré à bout portant sur un détenu de la prison de Pavon lors de l’assaut meurtrier.

Il y avait encore du monde pour entendre la décision de la Chambre d’appel et de révision, même si ce second round ne présentait en rien la même intensité que l’audience de première instance et son défilé de témoins. Au nombre de ceux-ci, le détenu français de Pavon, un personnage haut en couleur, qui avait décrit comment Erwin Sperisen a abattu de ses propres mains une des sept victimes de l’opération de nettoyage social menée le 25 septembre 2006 dans cet univers carcéral incontrôlé.

Ce récit n’a cette fois pas totalement convaincu les juges. Si les dires de Philippe B. sont considérés comme globalement crédibles et détaillés, la scène du tir attribué au chef de la police paraît «peu vraisemblable». Aux yeux des juges, Erwin Sperisen n’aurait sans doute pas pris ce risque à ciel ouvert et en présence de nombreux témoins. Le Français, traumatisé par cette journée, a peut-être entendu ou imaginé cela. Peut-être aussi a-t-il menti de crainte que le responsable de tout ce carnage n’échappe à la justice.

Une gravité extrême

La cour n’a en revanche nourri aucun doute sur la responsabilité d’Erwin Sperisen, binational suisso-guatémaltèque de bientôt 45 ans, dans la planification et l’exécution du plan criminel ayant pour but de supprimer des détenus trop influents, et notamment le trafiquant colombien Jorge Batres. La maison de ce dernier a été encerclée et investie par un «groupe de tueurs», le fameux commando formé des proches d’Erwin Sperisen et emmené par son bras droit et ami d’enfance Javier Figueroa. Ce dernier, acquitté visiblement à tort par un jury populaire autrichien, a joué un rôle déterminant, précise encore la décision.

La théorie du complot, invoquée par la défense, a été qualifiée de totalement farfelue, de même que la version de l’affrontement ou encore celle d’un Erwin Sperisen en représentation et dépassé par les événements.

Pour fixer la peine, la cour a retenu des actes d’une gravité extrême. Dix hommes maîtrisés et sans défense ont ainsi été assassinés, criblés de balles, laissés agonisants pour certains d’entre eux. La décision relève la détermination considérable de ce chef de la police dont la fonction était de garantir la légalité de l’action de l’Etat et qui a versé dans la terreur pour imposer l’autorité du gouvernement qui l’avait nommé. «Ce mobile n’a rien de généreux», a souligné la présidente Alessandra Cambi Favre-Bulle.

Le jugement relève que le contexte particulier du Guatemala, où la criminalité se manifeste avec une violence extrême, peut influencer les valeurs et qu’on ne saurait en faire abstraction. «Mais il y a un pas à ne pas franchir.» C’est celui qu’Erwin Sperisen a fait en devenant un acteur du crime. Son exil en Suisse ne l’a pas conduit à évoluer, ajoute la cour. Il s’est obstiné à refuser toute introspection, a fait preuve d’une «collaboration exécrable» et a persisté à penser que certains n’ont simplement pas le droit de vivre.

Pour toutes ces raisons, les juges estiment que «seule la peine maximale peut entrer en considération». La défense, dans sa stratégie du tout pour le tout, ne l’avait d’ailleurs pas même discutée.