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Erwin Sperisen, au centre, entouré de ses avocats, arrive au palais de justice.
© Eddy Mottaz

Justice

A Genève, Erwin Sperisen préfère se taire face à ses juges

Le troisième procès de l’ancien chef de la police du Guatemala, accusé d’avoir participé à l’assassinat de dix détenus, s’est ouvert lundi. Cette fois, le prévenu comparaît libre à l’audience

Le troisième procès d’Erwin Sperisen s’est ouvert ce lundi à Genève. Avec une différence de taille. Cette fois, arrêt du Tribunal fédéral oblige, l’ancien chef de la police nationale du Guatemala, accusé d’avoir participé à l’assassinat de dix détenus, comparaît en homme libre devant ses juges. De quoi faire baisser d’un cran la tension. L’ambiance est certes moins électrique mais les enjeux sont toujours aussi importants. Quant au principal intéressé, déjà condamné deux fois à la perpétuité et détenu provisoirement durant cinq ans, il adopte la stratégie du mutisme. «J’ai déjà dit tout ce qu’il y avait à dire. Je ne répondrai plus à aucune question.»

Lire aussi: Le nouveau procès d’Erwin Sperisen attendra des conditions plus sereines

Avant de se heurter à ce mur du silence, la Cour d’appel doit trancher d’inévitables questions préjudicielles. Une fois n’est pas coutume, c’est le parquet qui se lance en premier non sans planter le décor. Un procès politique? Baliverne, ironise d’entrée de cause le procureur Yves Bertossa. Ce dernier dénonce la campagne de désinformation orchestrée par la défense tout en rappelant que l’arrêt de Mon-Repos – qui annule le précédent jugement en raison d’irrégularités de procédure, d’une appréciation arbitraire de certaines preuves ou encore d’une motivation parfois lacunaire – retient de sérieux éléments à charge du prévenu.

Une solution de rechange?

«Le Tribunal fédéral a écarté la thèse de l’affrontement et validé l’existence des homicides planifiés, puis exécutés par un commando composé des plus proches collaborateurs d’Erwin Sperisen», précise Yves Bertossa. Le procureur reste convaincu que le prévenu doit être reconnu coupable de coactivité d’assassinat, voire de complicité, pour cette sanglante opération de nettoyage. Mais il fait aussi preuve de prudence en demandant à pouvoir compléter son accusation afin de requérir, à titre subsidiaire seulement, un crime par omission.

«Erwin Sperisen avait une position de garant et il devait s’assurer que l’intégrité physique des détenus serait protégée lors de l’assaut. Or, il n’a rien fait pour empêcher la présence des tueurs, il n’a rien fait pour les empêcher d’agir et il les a laissés maquiller les scènes de crime», explique Yves Bertossa en se référant à cette lecture de l’omission que semble privilégier Mon-Repos.

La défense contre-attaque pour empêcher cette solution qui pourrait faciliter une nouvelle condamnation. «Il est trop tard pour corriger le tir», rétorquent Mes Giorgio Campa et Florian Baier. Horrible monstre hier, chef incapable de tenir ses hommes aujourd’hui, «il faut écarter cette nouveauté sortie du chapeau d’un Ministère public aux abois». Et sinon, préviennent les avocats, ajourner le procès d’au moins trois mois pour leur permettre de se préparer à cette théorie.

«Mauvaise foi crasse»

Un renvoi des débats, c’est ce que plaide par ailleurs la défense à l’appui de moult requêtes. Telle une rengaine, les avocats s’en prennent d’abord à la plaignante, mère d’un détenu mort sous les balles à la prison Pavon, et surtout à ses conseils qui prendraient des libertés avec les volontés pacifiques d’une septuagénaire instrumentalisée. Il faudrait donc la faire venir pour l’entendre. «C’est d’une mauvaise foi crasse», réagit Me Alexandra Lopez en rappelant que le Tribunal fédéral n’a rien trouvé à redire à la participation de sa cliente dans cette procédure. «La dernière fois que je lui ai parlé, elle m’a mise sous la protection de Jéhovah et m’a dit que c’était pour me donner la force de faire condamner cet hypocrite», ajoute l’avocate.

Les défenseurs d’Erwin Sperisen tentent aussi d’obtenir une nouvelle expertise pour savoir si certaines photographies de cadavres ont été retouchées. Ils veulent enfin questionner des témoins afin de savoir si ces derniers ont bénéficié de protection et d’autres choses encore. «Cette propension à vouloir toujours ajourner les débats est curieuse pour quelqu’un qui clame son innocence», fait remarquer Yves Bertossa. Selon le parquet, le prévenu veut surtout éviter d’aborder le fond du dossier. «Il n’a eu qu’une seule attitude depuis le début, la dérobade.»

Millions réclamés

Au final, la cour rejette toutes les requêtes. Celles de la défense et celle du Ministère public. Les juges s’estiment liés par l’arrêt de renvoi du Tribunal fédéral qui a délimité le cadre des débats. Une modification de l’acte d’accusation n’est plus possible à ce stade, souligne la présidente Alessandra Cambi. L’audience peut donc démarrer avec le résumé des positions des parties. Erwin Sperisen, 47 ans, binational suisso-guatémaltèque, marié et père de trois enfants, plaide son acquittement. Il réclame aussi 1 million de francs à titre de tort moral pour lui-même et 370 000 pour ses proches. Sans compter encore 1 million pour payer les suppléments de sa défense.

La situation personnelle de cet ancien chef de la police nationale, amateur d’armes, de motos et de prêches évangéliques, est passée rapidement en revue. Des études de sciences politiques, un travail à la Municipalité, une nomination à la tête des forces de l’ordre de ce petit pays d’Amérique centrale miné par la violence et un départ précipité pour Genève en 2007 lorsque la situation se corse. Son implication dans deux opérations, le plan Gavilan pour supprimer des fugitifs et l’assaut contre la prison de Pavon, le rattrape et le conduit derrière les barreaux en été 2012. De tout cela, Erwin Sperisen préfère désormais ne plus parler à ses juges. L’audience est donc interrompue et reprendra mardi avec l’audition de deux témoins.

L’issue du premier procès en appel: Erwin Sperisen déclaré encore plus coupable

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