Exit la planification d’une évasion violente. Exit aussi la perspective de tuer. Le Tribunal correctionnel de Genève a beaucoup remanié le réquisitoire de la procureure Rita Sethi-Karam. Au final, José*, celui qui projetait de s’échapper en faisant simplement peur, écope de vingt mois de prison ferme au lieu des six ans réclamés. Emile*, celui qui a frappé un des gardiens et aussi tenté de braquer une poste, est condamné à six ans de prison. Le parquet avait demandé contre ce délinquant lyonnais une peine de dix ans ainsi qu’un internement. Une mesure jugée bien trop extrême.

Violence subite

L’arrêt, résumé par la présidente Isabelle Cuendet, retient que le duo, détenu à l’unité cellulaire hospitalière, avait projeté de quitter les lieux sans faire preuve de violence physique. La fabrication de barre métallique était destinée à effrayer les surveillants. Une fois l’infirmière enfermée dans la chambre (le tribunal retient la tentative de séquestration car celle-ci a duré moins de deux minutes), Emile a ensuite frappé le gardien très fort et sans avertir. Il est encore revenu pour asséner une seconde salve de coups «parfaitement gratuite». L’agent de détention a surtout souffert aux bras. Il a également été touché à la tête mais n’avait pas le visage en sang comme le montrent les images de vidéosurveillance.

Au yeux des juges, José n’a pas pu consentir à des coups qui ne faisaient pas partie du plan initial. Il ne peut donc être le co-auteur de ce déchaînement imprévu et sera uniquement condamné pour menaces ou violences contre les fonctionnaires. Le tribunal reconnaît Emile, «qui a disjoncté», coupable de tentative de lésions corporelles graves pour avoir pris le risque de blesser sérieusement sa victime. La tentative de meurtre par dol éventuel est écartée. Aucun élément ne permet d’établir que le prévenu avait envisagé et accepté l’éventualité de tuer. La décision retient enfin, vu le faisceau d’indices concordants, qu’Emile est bien l’auteur du braquage raté d’une poste.

Transfert possible

Pour fixer la peine, les juges ont  souligné la manière lâche avec laquelle les prévenus s’en sont pris à des surveillants non armés ainsi que leur mobile égoïste. A l’issue du verdict, la présidente a suggéré à la défense la possibilité de saisir le tribunal d’une demande de transfert dans une autre prison, concédant ainsi que la détention des intéressés à Champ-Dollon n’était pas un choix très opportun.

L'affaire est en plus loin d'être terminée. Les avocats des gardiens ont d’ores et déjà annoncé leur intention de faire appel «d’un verdict insatisfaisant sur plusieurs points»

*Prénoms fictifs


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