A Genève, le bras de fer se poursuit autour du projet de budget 2021. En pleine crise sanitaire, la fonction publique est à nouveau descendue dans la rue jeudi pour demander le retrait de deux projets de loi visant à économiser 100 millions de francs: le premier prévoit une baisse linéaire de 1% des salaires, le second la suppression de l’annuité 2021. D’après les premiers échos du Cartel intersyndical, la mobilisation a été bien suivie, à la hauteur de celle du 15 octobre dernier, où quelque 5000 personnes étaient descendues dans la rue.

«Ecole sabordée, enfants sacrifiés», «Au service du peuple mais pas à la merci de l’Etat», «Je suis le service public»: de part et d’autre de la place de Neuve, les slogans-chocs s’affichent au-dessus des visages masqués. Auprès des fonctionnaires, «l’effort de solidarité» demandé par le Conseil d’Etat ne passe pas. Dans la foule, les secteurs de l’enseignement et du social sont bien représentés. Celui de la santé également malgré la forte pression liée au Covid-19.

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«Au cycle d’orientation, la mobilisation a été importante, entre 30 et 50 enseignants en grève par établissement», salue David Fernex, membre du bureau de la Famco. Idem dans les écoles primaires, qui sont souvent restées fermées. «Les parents ont joué le jeu, ça prouve que le contact avec la population est passé», estime Olivier Baud, membre du Comité du Cartel et député Ensemble à gauche.

Il n’empêche, le contexte sanitaire a passablement compliqué la mobilisation du jour. «Beaucoup de collègues sont en quarantaine, d’autres sont âgés ou à risque et n’ont pas pu se déplacer.» Compte tenu des restrictions cantonales, l’assemblée générale qui devait se tenir au Palladium a été annulée et déplacée à l’arrivée du cortège sur la place des Nations.

Vers une année sans budget?

Dans ces conditions, les négociations avec le Conseil d’Etat sont au point mort. «Il ne s’agit pour l’heure que de discussions, précise Olivier Baud. Le gouvernement ne nous a fait aucune proposition.» De son côté, le Cartel ne compte rien lâcher non plus et continuer d’exiger le retrait du projet de budget, qui ne dispose en l’état pas d’une majorité politique au Grand Conseil. Alors qu’une rencontre est prévue le 2 novembre, la perspective d’un report du débat au parlement se dessine tant les fronts sont figés.

A entendre Olivier Baud, commencer l’année sous le régime des douzièmes provisoires serait la moins mauvaise solution. «S’il veut sauver la face, le Conseil d’Etat doit prononcer un moratoire.» Face à ce blocage, n’est-il pas temps de faire des concessions? «Il faut pour cela que le Conseil d’Etat donne un signal. En 2015, nous avions accepté de renoncer à l’annuité 2016 en échange de postes supplémentaires.»

«Manifestation inutile et prématurée»

Enclencher le régime des douzièmes provisionnels? Le scénario ne réjouit pas Yvan Zweifel, député PLR et président de la Commission des finances. «Alors que notre canton traverse une crise économique terrible, commencer l’année sans budget serait un mauvais signal», estime-t-il. A ses yeux, la manifestation du jour est inutile et prématurée. «La majorité de la Commission des finances a annoncé qu’elle ne voterait pas la baisse de salaires de 1%, jugée mesquine», rappelle-t-il.

La suppression de l’annuité 2021, en revanche, a de bonnes chances de passer la rampe. «Dans n’importe quelle entreprise les augmentations de salaires n’ont lieu que si les moyens le permettent. Or, ce n’est pas le cas aujourd’hui à l’Etat.» En filigrane, une troisième mesure d’économies prévue pour 2022 est au centre des discussions: le rééquilibrage des cotisations à la caisse de pension, soit 58% employeur et 42% employé. Reste à savoir si la mobilisation des fonctionnaires, d'ores et déjà reconduite, permettra ou non d’ouvrir de vraies négociations.