Asile 

A Genève, le futur centre fédéral pour requérants d’asile provoque des tensions

Des députés de gauche et du PDC dénoncent un «projet indigne» et accusent le Conseil d’Etat de se soumettre aux exigences de Berne

Après Fribourg et Vaud, Genève doit à son tour accueillir un centre fédéral pour requérants d’asile. Prévu pour 2022 au Grand-Saconnex, le lieu devrait abriter quelque 250 personnes, candidats déboutés de l’asile ou en attente d’une décision, pour un séjour moyen de six à huit semaines. Le projet évalué à 25 millions de francs provoque son lot de tensions. Alors qu’une procédure d’approbation des plans a été lancée, des députés de gauche et du PDC accusent le Conseil d’Etat de court-circuiter le processus législatif.

C’est que le Grand Conseil a voté, en mars dernier, une motion pour empêcher la construction d’un centre considéré comme de la «semi-détention». «Horaires de sortie, barbelés, fouilles: le lieu situé à proximité de l’aéroport, en dehors de toute zone de vie, criminalise les requérants», déplore Delphine Klopfenstein, députée verte. Dans une lettre ouverte, les signataires de la motion exhortent le canton à s’imposer face à la Confédération. «Alors que les demandes d’asile sont en baisse, il faut envisager l’accueil de manière inclusive et sortir des schémas sécuritaires.»

«Préserver l’anonymat»

De son côté, Pierre-Alain Ruffieux, responsable romand au Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM), précise que l’établissement est clôturé «pour préserver l’anonymat, l’intimité et la sécurité» de ses occupants. «Ce n’est pas un centre de détention», martèle de concert Mauro Poggia, chef du Département de la sécurité, de l’emploi et de la santé, précisant que la proximité avec l’aéroport relève du pur hasard.

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Quid de la motion acceptée au Grand Conseil? «Une réponse va être envoyée prochainement aux députés», répond le magistrat. «Un accord a été signé en janvier 2016 pour la création de ce centre, rappelle-t-il. Le canton doit respecter ses engagements s’il veut conserver sa crédibilité.» Une marge de manœuvre semble toutefois demeurer. «Nous avons émis plusieurs suggestions, notamment pour prolonger les heures d’ouverture et scolariser les enfants amenés à rester en Suisse à l’école ordinaire», précise Mauro Poggia.

Lien de confiance «rompu»

Pas sûr que ces déclarations suffisent à rassurer les députés. «Genève avait construit une relation de confiance avec le SEM autour du projet Papyrus; aujourd’hui, ce lien est rompu», déplore l’élue PDC Anne Marie von Arx-Vernon.

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