Sécurité

A Genève, la gauche de la gauche attaque Pierre Maudet

Le dossier miné de la police n'en finit pas de rebondir. Une motion propose que la commission de contrôle de gestion du parlement se penche sur le blues des troupes et les défauts de la nouvelle organisation

L’offensive contre la loi sur la police (LPol) prend de l’ampleur. Les députés d’Ensemble à Gauche (EàG) veulent que la commission de contrôle de gestion du parlement se penche sur le mal-être des troupes, étudie les raisons de la crise et propose des moyens d’en sortir. Le député Jean Batou explique cette démarche par «le déni total des problèmes et l’absence d’écoute» qui caractérisent le Département de la sécurité et de l’économie. Une deuxième salve est tirée contre Pierre Maudet à travers une question urgente écrite — déclinée en douze points — portant sur des rumeurs d’écoutes téléphoniques et la légalité de telles pratiques.

Lire aussi: Comment les policiers genevois infiltrent la campagne électorale

Le lobbying intensif des syndicats de police, qui ont notamment fait le tour des groupes représentés au Grand Conseil pour se plaindre de cette réorganisation et de ses effets collatéraux, porte ses fruits. Une proposition de motion a été déposée jeudi et ses signataires, déjà rejoints par des plumes d’autres partis de tous bords, espèrent un vote du plénum qui lui donnera encore plus de poids à cette demande de rapport.

«Le problème des problèmes»

En substance, le texte de la motion évoque les «résultats catastrophiques» d’un sondage réalisé par la commission du personnel de la police, une étude universitaire mettant en évidence moult problèmes d’organisation, une «police judiciaire sinistrée» car plus vraiment reconnue dans sa spécificité, une multiplication des hiérarchies entraînant un déficit d’effectifs et des coûts supplémentaires, une formation inadéquate, une perte d’efficacité, des guerres de clans entre unités et une démotivation devenue «le problème des problèmes».

Le pire, assure encore Jean Batou, c’est que les policiers n’arrivent pas à se faire entendre du Département et «sont un peu désespérés par cette absence d’écoute». A ses côtés, Pablo Cruchon, candidats aux prochaines élections, abonde et critique la manière avec laquelle le magistrat libéral-radical s’accroche à la défense de cette loi sans tirer les leçons de son application. «Il est temps d’amender la LPol», poursuit Jean Batou sans évoquer de pistes précises. Un grand flou et beaucoup d’aigreurs dans lesquels la commission de contrôle de gestion serait priée d’aller se plonger afin d’éviter que les choses n’empirent.

Problèmes d’écoutes?

Beaucoup plus nébuleux, le reproche fait au ministre d’avoir possiblement ordonné ou approuvé des écoutes téléphoniques visant les fameux bagagistes de l’aéroport qui se sont fait retirer leurs cartes d’accès au tarmac courant 2015. Pierre Maudet, qui est actuellement en déplacement à l'étranger, a déjà démenti ces rumeurs dans une récente interview à la Tribune de Genève. Mais Jean Batou estime que des éclaircissements sont nécessaires pour comprendre les limites que se fixe le DSE en matière d’intrusion préventive et savoir si des pratiques abusives peuvent s’y infiltrer.

Lire aussi: Bagagistes licenciés, les soupçons viennent de France

Parmi les douze questions ayant trait aux compétences des différentes autorités cantonales et fédérales en matière de surveillance, l’une demande si le chef dudit département peut solliciter la Direction générale des services informatiques afin de «contrôler les numéros entrants et sortants des téléphones portables professionnels des employés de l’Etat ou des entités subventionnées. Et si oui, à quelles conditions». La confiance règne. Aux questions urgentes écrites, une réponse est attendue dans le mois suivant. En l’occurrence, celui des élections cantonales.

Publicité