A Genève, «la situation évolue, malheureusement pas dans le bons sens». Mauro Poggia, conseiller d’Etat chargé de la Santé, a justifié les nouvelles mesures prises par l’exécutif cantonal dans le cadre de la pandémie de Covid-19 en présentant des chiffres à la hausse. Entre le 5 et le 14 octobre, les hospitalisations ont augmenté de 43%. Mercredi à 13h, leur nombre était de 76 dont 12 aux soins intensifs ou intermédiaires. De 10%, les tests positifs sont passés à presque 20%. Le covid, a dit le ministre, n’est pas moins virulent puisque, aujourd’hui comme au printemps, 10% des cas positifs provoquent une hospitalisation. De plus, l’arrivée de la grippe saisonnière va charger les services des Hôpitaux universitaires (HUG). C’est donc «pour ne pas être contraint à faire des choix éthiques difficiles» que le Conseil d’Etat a décidé de serrer la vis.

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Il est désormais interdit de se réunir à plus de 15 dans l’espace public. Il est prohibé d’organiser une manifestation privée réunissant plus de 100 personnes. Les responsables d’événements comprenant de 16 à 100 invités, eux, doivent garantir le port permanent du masque et interdire toute consommation, sauf à des places assises et non interchangeables. Ils doivent par ailleurs être capables de fournir une liste complète des participants ainsi que les plans de table aux autorités sanitaires pendant les 15 jours suivant la manifestation. Pour les fêtes de 15 participants et en dessous, le gouvernement a rappelé que les organisateurs doivent veiller au respect des gestes désormais connus: hygiène des mains, distance et port du masque.

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Camps scolaires annulés

Le Conseil d’Etat a également rendu le port du masque obligatoire dans tous les établissements accessibles au public. Les enfants de moins de 12 ans en sont exemptés. Les camps scolaires et voyages d’études sont annulés au cycle d’orientation et au secondaire II. Enfin, au sein de l’administration publique, les événements festifs sont prohibés.

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Ces mesures ont pour but, comme au printemps, d’aplanir la courbe des infections afin de ne pas arriver au point de rupture au sein des services médicaux. On connaîtra leur efficacité dans deux à trois semaines. La médecin cantonale, Aglaé Tardin, n’a pas caché son inquiétude. Il y a actuellement près de 120 personnes au sein de la cellule chargée d’enquêter suite à des cas positifs. Un effectif suffisant pour absorber 50 cas par jour. On en est à 150, parfois 200 dans cette première quinzaine d’octobre. «On ne pourra pas faire face au-delà de dix à quinze jours» à ce rythme, prévient-elle. Au-delà, cette digue sautera et, comme au printemps, la propagation du virus deviendra impossible à contenir.

En arrière

Le Conseil d’Etat a donc renoncé à obliger les organisateurs de fêtes privées à les annoncer, comme à Neuchâtel et dans le Jura, et à fournir la liste des participants. Elles ne seront pas soumises à autorisation. C’est un pas en arrière, par rapport aux déclarations de Mauro Poggia en fin de semaine dernière. «Sanitairement, la situation imposerait d’interdire les réunions au-delà de cinq personnes, soit le cercle familial», a affirmé Antonio Hodgers. Pour son président, le Conseil d’Etat, qui «doit arbitrer entre plusieurs impératifs», a pris «des décisions fortes et proportionnées par rapport au respect de la vie privée» des Genevois. «Ce qui est important, c’est que la population les accepte», a conclu celui qui cédera la présidence du collège samedi prochain à Anne Emery-Torracinta.

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Les mesures annoncées complètent l’arrêté du Conseil d’Etat prononcé le 14 août dernier. Les forces de l’ordre veilleront au respect de l’interdiction de rassemblement dans l’espace public, a indiqué Mauro Poggia. Il n’y aura pas de contrôle en amont concernant les fêtes privées, mais des interventions durant celles-là ne sont pas exclues. Comme lors du pic de la pandémie, les élus en ont appelé au sens civique de chacun afin d’éviter des mesures plus contraignantes encore.