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Contrôle policier à Genève en 2016
© SALVATORE DI NOLFI

Sécurité

A Genève, les griefs contre la police trouvent une oreille attentive

L’organe de médiation dresse le bilan de sa deuxième année d’activité. Les doléances des citoyens visent surtout des comportements ressentis comme arrogants et trop autoritaires

Un citoyen est fâché avec un agent de la force publique? Un porteur d’uniforme en a assez de se faire houspiller? Créé il y a deux ans, l’organe de médiation de la police genevoise (OMP), chargé de régler les conflits de peu de gravité et d’éviter la judiciarisation des différends, ne chôme pas. Durant l’année écoulée, 58 dossiers ont été ouverts et la très grande majorité des reproches concerne des problèmes de comportement attribués aux pandores. Autoritarisme, arrogance, mépris ou encore tutoiement. Tour d’horizon en forme de bilan.

Deux nouveautés

Favoriser l’écoute et le dialogue pour apaiser les tensions ou dissiper les malentendus. C’est le credo de cet organe neutre et indépendant qui garantit la confidentialité des entretiens. La démarche est gratuite et les parties doivent être volontaires. Réservé à l’origine à la seule police cantonale, le périmètre s’est désormais élargi aux polices municipales. «Il y avait une grande frustration de la part des citoyens, qui ne font pas forcément la différence entre les uniformes», précise Fabienne Bugnon, médiatrice principale.

Lire aussi: A Genève, la médiation est proposée au citoyen fâché contre sa police

Autre nouveauté, le Tribunal des mineurs a demandé à pouvoir déléguer lui-même certaines affaires ou simples griefs à l’organe de médiation pour tenter de régler les choses à l’amiable. Quatre dossiers sont déjà parvenus par ce canal. «Ces affaires ne concernent pas la brigade des mineurs, qui est bien formée, mais plutôt les patrouilles ordinaires. Souvent, ce sont deux mondes qui s’affrontent et il faut beaucoup travailler sur le ressentiment. Les jeunes vivent les contrôles comme excessifs et le fait de pouvoir aborder ces questions en dehors d’une situation de stress permet une meilleure compréhension», explique encore Fabienne Bugnon.

Les policiers rechignent à saisir

En 2017, l’OMP a reçu 73 sollicitations, soit un nombre quasi identique à l’année précédente. En revanche, les demandes étaient davantage dans la cible et ont entraîné l’ouverture de 58 dossiers. A 33 reprises, l’OMP a été saisi directement par un citoyen, une dizaine de fois par la direction de la police, trois fois par le chef du Département de la sécurité, une fois par le Ministère public et une seule fois par un policier. «Beaucoup d’agents pensent que se faire insulter fait partie du job. S’adresser à nous peut aussi être vécu par le policier comme un aveu d’échec», analyse l’avocat Jacopo Rivara qui œuvre comme médiateur adjoint. Un progrès est toutefois à signaler: les agents ont été beaucoup plus volontaires pour participer à des séances lorsqu’ils étaient mis en cause.

Tensions aéroportuaires

Parfois, la rencontre entre les protagonistes n’est pas souhaitée ou pas nécessaire. On parle alors d’une «médiation navette». D’autres fois, il est nécessaire de réunir les parties pour débattre dans un lieu neutre. L’exemple a comme toile de fond un incident survenu à l’aéroport de Genève. Un monsieur, qui s’apprête à passer le portique de contrôle des bagages, se prend de bec avec l’employée. Le ton monte et la police est appelée. Le voyageur est emmené au poste qui se trouve à Cointrin afin de livrer sa version. Il a l’impression d’être traité comme un délinquant et, cerise sur le gâteau, il manque son avion. Très remonté contre le zèle de ces agents, il saisit l’organe de médiation.

Le processus a permis de contextualiser les faits, survenus dans un lieu sensible du point de vue sécuritaire, et de faire baisser la tension ressentie par ce citoyen. Il a compris sa part de responsabilité dans les événements et les agents ont réalisé qu’ils auraient pu mieux expliquer les choses, voire différer l’audition pour le laisser prendre son vol.

Asseoir sa notoriété

La diminution des courriers courroucés, reçus par le conseiller d’Etat ou l’Etat-major, démontre que cette médiation commence à se faire une place. «Dans notre dispositif de prise en charge des doléances, c’est clairement le chaînon qui manquait», relève Monica Bonfanti, la commandante de la police genevoise. A ses yeux, ce mode alternatif de résolution des conflits a l’avantage d’être rapide et mieux adapté à ce type de problématiques comportementales. «Force est de constater que seul l’OMP peut régler ces questions, tout en évitant de donner l’impression d’un parti pris en faveur du policier», ajoute Monica Bonfanti.

Pour 2018, l’organe de médiation se donne pour ambition de se faire mieux connaître du public sans pour autant susciter d’appel d’air. Un nouveau défi.

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