Justice

A Genève, gros déploiement policier pour un petit manifestant

Pourfendeur des forces de l'ordre et fumeur de joints invétéré, un habitué des cortèges sauvages est condamné pour ses excès verbaux. Récit d'une audience sous haute surveillance

Le palais de justice de Genève était en état de siège ce jeudi. Fourgon grillagé posté dans la rue, portique de contrôle à l’entrée, et rambos de la brigade de sécurité publique harnachés jusqu’aux dents dans la cour intérieure. Ce dispositif exceptionnel n’a pas été déployé pour un clone de Mesrine, un terroriste de la nouvelle génération, ni même pour un agité du Black Bloc. Le prévenu du jour est un quinquagénaire à l’AI qui aime insulter les policiers, fumer des joints et faire la Vélorution avec ses trois groupies égarées de la Critical Mass. Des tracts annonçant l’audience auraient fait monter la pression mais nul perturbateur ne s’est finalement montré.

«Je suis un média alternatif». C’est ainsi que Sami, de son prénom fictif, explique son rôle de vidéaste arpentant tous les cortèges protestataires et de préférence sauvages. Le 4 octobre 2014, il était de ceux qui hurlaient contre le défilé en grande pompe du bicentenaire de la police genevoise. De manière pacifique, assure-t-il, sans injurier personne, ni désigner un agent en civil à la vindicte. Peut-être a-t-il bien crié «flic de merde, sale porc, assassin» et d’autres amabilités mais il qualifie cela de slogan et non pas de violence verbale.

«Police politique»

La présidente du tribunal n’a pas besoin de pousser loin l’interrogatoire pour entendre le prévenu pester contre les gendarmes de la brigade de recherche et d’îlotage communautaire. Un nom compliqué pour dire: le renseignement dans les milieux à surveiller de plus près. «C’est devenu une police politique qui ne s’attaque qu’à la gauche. Eux, je les ai traités de tous les noms d’animaux sur terre. Ils sont venus me torturer chez moi lors d’une perquisition. Encore ce matin, en arrivant ici, je les ai insultés», déclare l’incorrigible.

C’est justement au cours de cette perquisition que Sami a voulu mordre un sous-brigadier qui tentait de le maîtriser. Faux, rétorque encore le prévenu, tout en expliquant avoir été bien maltraité et finalement conduit à la permanence. Chez lui, les agents ont encore découvert le parfait attirail du cultivateur de marijuana et de quoi se détendre longtemps. «J’ai suivi la politique des quatre piliers», souligne l’intéressé pour dire qu’il a arrêté les drogues dures grâce au cannabis et qu’il n’a pas l’impression de violer la loi en consommant à domicile une substance qu’il produit lui-même.

Dossier trouble

A la défense du révolté, Me Pierre Bayenet a plaidé l’acquittement, les méthodes hardies de ces policiers et un «dossier qui navigue dans le mensonge». Le rapport décrivant la perquisition a d’ailleurs valu une ordonnance pénale pour faux dans les titres par négligence au chef de brigade, lequel a fait opposition contre sa condamnation à 500 francs d’amende.

Des contradictions qui n’ont pas ébranlé la conviction du tribunal. Sami a été jugé beaucoup moins crédible que les policiers et prié de communiquer ses convictions autrement qu’en suscitant la haine des forces de l’ordre. Il a été condamné à 90 jours-amendes avec sursis pour les injures et les menaces ainsi qu’à une amende de 200 francs pour sa consommation interdite. C’est bien moins que ce que lui avait infligé le parquet mais cela ne le dissuadera pas de faire appel. «Jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme», dit-il sous le regard perplexe de son conseil.

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