A Genève, les autorités cantonales l'avouent: elles ne s'attendaient pas à ce que l'ouverture du marché de l'emploi aux ressortissants de l'UE se solde par une arrivée aussi massive et soutenue de nouveaux travailleurs. Entre le 1er juin – date de l'entrée en vigueur de l'extension de l'accord sur la libre circulation des personnes – et le 30 septembre 2004, le canton a délivré quelque 3350 permis de court et long séjour pour des communautaires, surtout des Français, des Portugais et des Anglais. Soit pratiquement 800 de plus que lors de la même période en 2003.

La différence est encore plus spectaculaire concernant les frontaliers. Leur population s'est étoffée de 3150 travailleurs supplémentaires entre juin et fin septembre 2004, alors que l'augmentation n'était que d'un millier d'individus durant la même période en 2003.

Pour tenter de contrôler ce phénomène, le Département genevois de l'économie et celui de justice et police ont écrit aux principaux employeurs du canton. Dans ce courrier, ils leur demandent d'abord, lorsqu'ils prévoient d'engager du personnel, de regarder sur le marché local si un demandeur d'emploi correspond au profil recherché.

Les autorités incitent ensuite les entreprises à ne pas demander systématiquement, pour le ressortissant communautaire qui vient s'installer à Genève, un permis B valable 5 ans. En effet, depuis le 1er juin 2004, la Confédération met à disposition des cantons le stock annuel de 15 000 livrets B par tranche trimestrielle. Conséquence, vu l'afflux de demandes, les 3750 permis avaient tous été distribués fin juillet, alors qu'ils auraient dû suffire jusqu'à la fin du mois d'août. Pour éviter que cette pénurie se produise à nouveau en novembre, les autorités genevoises suggèrent aux employeurs de demander plutôt des livrets L, les permis de court séjour (valables au maximum 364 jours) et dont le stock est plus confortable (115 000).

Son seul inconvénient est qu'il n'est pas apprécié par les régies immobilières, les opérateurs de téléphone et les banques. Ils craignent que leurs titulaires partent au bout d'une année. Sur le principe de l'égalité entre les citoyens, les autorités genevoises ont alors demandé aux prestataires de services de ne pas pratiquer de discrimination vis-à-vis des détenteurs d'un permis L par rapport à ceux d'un permis B.