Les députés du Parti du travail (PdT), Jean Spielmann et Loly Bolay-Cruz, ainsi que l'ancienne secrétaire de cette même formation, Elise Kerchenbaum, ont été condamnés par la Cour de justice à payer des dommages et intérêts pour atteinte à la personnalité d'un trublion de la vie politique et associative genevoise: Frank Brunner, éditeur et unique auteur d'une brochure dont le titre illustre le ton, Retenez-moi ou je fais un malheur. Rappel d'un conflit qui a déjà fait couler beaucoup d'encre… rouge.

La polémique débute en mai 1994, lors d'une assemblée générale de l'Association de défense des chômeurs (ADC). Frank Brunner, qui fait à cette date son entrée au comité de cette association, accuse le PdT de monnayer l'élection de ses membres en payant les cotisations des adhérents. Un an plus tard, il réitère ces propos dans la brochure et dénonce sans détours les «magouilles» des dirigeants du parti. En qualité d'ancien membre du comité de l'ADC, Loly Bolay-Cruz réplique en janvier 1996 dans L'encre rouge, la publication interne du parti. Elle y dépeint Franck Brunner comme «un triste personnage», un «menteur et un mythomane», un «calomniateur» qui a jeté sur l'association un discrédit fatal. Jean Spielmann, actuel président du Grand Conseil, entre en scène lorsque la presse locale se fait l'écho de cette guéguerre et dépeint à son tour de manière fort peu flatteuse la personnalité de Frank Brunner.

Grand spécialiste des propos vitriolés, Frank Brunner se révèle également être un boulimique de procédure. Il porte plainte pénale contre les deux élus, le procès en diffamation est encore en cours devant le Tribunal de police, et entame parallèlement une procédure civile. Débouté en première instance, il fait appel. Une persévérance de tous les diables qui finit par payer puisqu'il vient d'obtenir gain de cause. La Cour de justice a en effet estimé que les termes utilisés par les députés, et relayés par l'éditrice responsable de L'encre rouge, ne se bornent pas à exposer un point de vue ou à rectifier une erreur mais visent clairement à dévaloriser et discréditer l'intéressé. Une mise au pilori disproportionnée que rien ne justifie, relève l'arrêt. En guise de réparation, Loly Bolay-Cruz devra payer à Frank Brunner 500 francs, Jean Spielmann 1000 francs et Elise Kerchenbaum 1500 francs.