Jürg Stäubli n'aurait pas intrigué pour faire la connaissance de l'informaticien employé par Me Charles Poncet, informaticien qui était susceptible de lui fournir les informations contenues dans un CD-Rom confidentiel en contrepartie d'un sponsoring maritime. C'est en tout cas ce que suggèrent les derniers développements de l'enquête menée par la juge d'instruction Isabelle Cuendet.

Lors de son audition, le jeune homme a clairement imputé l'idée de l'échange au commerçant et président des Français de Genève. Ce dernier, également inculpé de complicité pour avoir joué les intermédiaires dans cette transaction fumeuse, affirme de son côté avoir simplement mis en contact l'homme d'affaires et le passionné des flots dans un but philanthropique.

Une confrontation générale doit avoir lieu au début du mois d'août entre les acteurs de ce dossier. La juge a également demandé un relevé des appels téléphoniques de chacun des protagonistes afin de déterminer qui appelait qui et à quelle fréquence. En d'autres termes, de qui émanait l'insistance et donc l'intérêt de voir cette affaire se concrétiser.

Une banale conversation

Selon l'informaticien, toute cette histoire a démarré lors d'une banale conversation avec ce commerçant. Se plaignant de ne pas gagner d'argent depuis quarante ans, O. lui a parlé de son espoir de réaliser une affaire de pétrole avec Jürg Stäubli. Employé chez Me Poncet qui représente la Banque cantonale de Genève dans la procédure judiciaire opposant cet établissement à l'homme d'affaires, le jeune homme a voulu mettre en garde le commerçant en lui disant que Jürg Stäubli n'était pas net. Il a évoqué à cette occasion l'existence du CD-Rom dont il était chargé d'établir plusieurs exemplaires. A ce moment, O. lui aurait rétorqué: «Voilà ton financement.» Selon le jeune homme, la proposition de l'échange constituait aux yeux de l'intéressé le levier nécessaire pour concrétiser son projet pétrolier.

Lorsque Jürg Stäubli est arrivé à l'appel du commerçant, l'informaticien explique avoir été présenté puis s'être rendu dans un bistrot pour laisser les deux hommes discuter seul à seul. En arrivant au café, O. lui aurait dit que le marché était conclu. Jürg Stäubli lui aurait ensuite demandé de quelle version il s'agissait, tout en précisant que seule la dernière l'intéressait. Une affirmation que l'intéressé dément tout en précisant qu'il ne pouvait pas connaître l'existence des versions successives.

Jürg Stäubli conteste également avoir parlé du monnayage des informations à ce moment-là, le marché lui ayant été proposé par O. dans la boucherie. Ce petit monde aurait uniquement parlé de voile et de tour du monde. Quant au commerçant, il prétend avoir quitté le bistrot en premier avant que la proposition du financement de la Transat ne soit soumise à contrepartie. Bref, tout le monde dit quelque chose de différent.

Inculpé d'instigation à vol et d'instigation à violation du secret professionnel, Jürg Stäubli affirme depuis le début de cette affaire n'avoir jamais eu l'intention de corrompre l'employé. Il explique avoir senti un piège destiné à le décrédibiliser et être entré dans le jeu pour en dévoiler le montage. Une machination que l'homme d'affaires attribue à Me Charles Poncet avec lequel il déclare avoir un conflit personnel. Il espérait pouvoir ainsi dénoncer l'attitude de l'avocat auprès du bâtonnier.

Jürg Stäubli affirme enfin que le président des Français de Genève et Me Poncet se connaissent, notamment au travers de leur fréquentation assidue des matchs du Servette FC, ce que tous deux démentent. L'argument du piège fait quant à lui sourire Me Charles Poncet. «Jürg Stäubli ne peut rien dire d'autre pour sa défense», rétorque l'avocat qui s'est constitué partie civile dans cette procédure.