Depuis son baptême en 1991, l'Académie internationale de l'environnement (AIE) tangue sur des eaux agitées. Mais avec la démission du nouveau président du conseil de fondation, le Genevois Hervé Burdet, quinze jours après être entré en fonction et le refus du canton de régler la moitié du déficit cumulé de l'institution, la houle s'est faite plus forte. Une lettre d'anciens collaborateurs très critique envers la gestion de l'Académie, qui a été envoyée cet été aux membres du conseil, a achevé de déplacer l'aiguille du baromètre sur «tempête». Et le 9 septembre prochain, à Berne, des représentants de Genève et de la Confédération devraient décider de ne plus soutenir l'AIE à long terme.

A l'origine, l'idée de créer une plate-forme destinée à faire se rencontrer représentants des mondes académique, politique, économique et des organisations internationales autour de la problématique de l'environnement avait séduit. Sa structure – une fondation autonome épaulée par les pouvoirs publics mais finançant elle-même ses programmes – aussi. Mais la mise en œuvre a échoué. «C'est bien simple, tout le monde a joué une partie d'«homme noir», déplore Hervé Burdet, le sous-directeur du Jardin botanique qui a, très brièvement, présidé le conseil de fondation ce printemps. On a trop demandé à cette académie sans lui fournir les moyens nécessaires. Et, tous les acteurs se sont tiré dans les jambes.»

Querelles politiciennes et académiques, rivalité entre le canton et la Confédération, attentes divergentes des offices fédéraux: les conflits ont toujours accompagné l'Académie. Tout comme les critiques qui n'ont pas été ménagées à ceux qui se sont succédé à sa tête, le professeur de physique Bernard Giovannini, Bohdan Hawrylyshyn et, depuis décembre 1996, Francisco Szekely, venu de l'Université d'Harvard. Une évaluation scientifique avait pourtant été menée par le Conseil suisse de la science en 1995 et une plate-forme politique, signée par Martine Brunschwig Graf, cheffe du Département de l'instruction publique et la conseillère fédérale Ruth Dreifuss, en avait tiré les conclusions. Les tâches de l'Académie avaient été recadrées. Cela avait apparemment atténué les divergences, mais elles n'avaient pas disparu.

Après qu'Hervé Burdet eut jeté l'éponge – «je n'avais pas l'impression d'avoir l'appui des autorités cantonales et je me suis rendu compte que la Confédération négociait pied à pied le moindre soutien» –, Genève a officiellement alerté Berne. «Le 13 mai, j'ai écrit à Mme Dreifuss pour lui faire part de mes préoccupations sur la situation financière de l'Académie», explique Martine Brunschwig Graf. La conseillère d'Etat s'inquiétait aussi de la vacance ainsi créée à la tête du conseil de fondation. Jusqu'à aujourd'hui, le président n'a pas été remplacé, mais, selon Francisco Szekely, «le conseil est actuellement en phase d'élire» son successeur.

Côté financier, Genève a averti la Confédération qu'il ne délierait pas sa bourse pour assainir la situation de l'Académie. «Quand, début juin, Mme Dreifuss a demandé au canton de prendre en charge la moitié du déficit cumulé de 617 000 francs, nous avons refusé, déclare Martine Brunschwig Graf. Depuis trois ans, en effet, nous sommes souvent intervenus auprès de la Confédération à propos de la situation financière de l'Académie et de son mode de gestion.»

Bref, Genève a clairement l'intention de tirer un trait définitif sur l'Académie et la Confédération, cette fois-ci, semble se rendre aux raisons du canton. Sans toutefois abandonner l'objectif de disposer au bout du lac d'une plate-forme d'échanges internationaux novateurs autour de l'environnement. «Une structure de ce genre est absolument indispensable, affirme Philippe Roch, directeur de l'Office fédéral de l'environnement. Mme Dreifuss a chargé le secrétaire d'Etat Charles Kleiber du dossier et nous y travaillons ferme. Désormais il ne s'agit plus de montrer du doigt X ou Y, mais de penser à l'avenir.»

La vingtaine de collaborateurs de l'Académie seront-ils intégrés à la nouvelle structure en gestation? Qui sera chargé d'emmener le projet? Certains souhaiteraient confier cette tâche à l'Institut universitaire du développement, d'autres songeraient à la confier à un conseil des sages. Rien n'est encore décidé. Mais, pour l'Académie dans sa forme actuelle, le compte à rebours va s'engager dans les tout prochains jours.