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A Genève, l’accueil des migrants mineurs non accompagnés est sous le feu des critiques

Un collectif d’associations dénonce la prise en charge des jeunes isolés, qu’ils soient requérants d’asile ou non, et demande la fermeture du foyer de l’Etoile, où un suicide a eu lieu en mars dernier

Les critiques pleuvent sur la prise en charge des migrants mineurs à Genève. Alors que les associations actives dans le milieu de l’asile dénoncent des conditions d’accueil indignes, deux tiers des collaborateurs du foyer pour requérants mineurs de l’Etoile, où un suicide a eu lieu en mars dernier, alertent les autorités. Tous sont d’avis qu’il faut fermer le site au profit de petites structures plus adaptées. Et réclament un dialogue urgent avec le Conseil d’Etat.

Le sort des mineurs non accompagnés (MNA) et des requérants d’asile mineurs (RMNA) suscite de vives préoccupations depuis des mois. Début mai, une dizaine d’associations se sont réunies pour discuter des conditions d’accueil de ces adolescents peu ou prou livrés à eux-mêmes et logés dans des structures inadéquates. Le résultat de ces assises, dévoilé mardi, réaffirme la nécessité d’offrir un «hébergement, un accueil et un encadrement appropriés en fonction de la vulnérabilité des jeunes».

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«Combien, parmi ces mineurs et jeunes majeurs, quel que soit leur statut, disparaissent des radars à cause de la politique des autorités? dénonce Dario Lopreno, représentant du collectif des Assises. Où et comment finissent-ils, tandis que le Conseil d’Etat et la majorité du Grand Conseil se bouchent les oreilles et ferment les yeux?» Sans avoir reçu les actes des Assises de manière officielle, le Département de l’instruction publique ne commente pas et se contente de rappeler que l’accueil des MNA va être entièrement revu dès cet automne, avec l’ouverture d’un centre d’hébergement dédié, associé à un encadrement de jour.

«Epuisement et instabilité»

Au foyer de l’Etoile, qui héberge des mineurs ayant déposé une demande d’asile, les préoccupations sont tout aussi vives. Dans une lettre ouverte adressée à la Commission des affaires sociales, une vingtaine d’éducateurs dénoncent une «souffrance générale» et les «impasses auxquelles ils se heurtent dans l’accomplissement de leur devoir professionnel». «Le suicide d’un jeune est l’événement redouté, mais pas incompréhensible, qui suit quatre années d’épuisement et d’instabilité», détaille le courrier. Aux yeux des signataires, le foyer à «taille inhumaine», régi par une «vision institutionnelle inadéquate» et un «management unilatéral» ne permet pas d’assurer l’encadrement socio-éducatif nécessaire.

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La députée d’Ensemble à gauche Jocelyne Haller, présidente de la Commission des affaires sociales, compte prendre ce «signal d’alarme» très au sérieux. «En matière de social, on ne peut plus fermer les yeux sur les dérives d’un système aux moyens toujours plus réduits qui ne met pas les besoins des usagers au premier plan.» Elle précise que le courrier sera examiné dans le cadre du rapport de gestion de l’Hospice général. La commission a par ailleurs accepté trois motions, dont l’une demande que ce soit la Fondation officielle de la jeunesse (FOJ), et non plus l’Hospice général, qui s’occupe des mineurs migrants: «Ces jeunes souvent traumatisés ont besoin d’un encadrement spécifique.» Les trois textes sont à l’ordre du jour du Grand Conseil cette fin de semaine.

«Améliorations possibles»

Chef du Département de l’action sociale, Thierry Apothéloz reconnaît que des «améliorations sont possibles», même si des efforts importants ont déjà été fournis dans le domaine de la prise en charge des RMNA. «Le futur centre d’hébergement d’Aïre, pensé spécifiquement pour les RMNA tant dans son architecture que dans son dispositif d’accueil, permettra de doter notre canton d’une infrastructure humaine et adaptée aux mineurs, ajoute le magistrat. J’espère que ce centre, qui fait l’objet de recours, verra le jour le plus rapidement possible.»

«Manque de proximité»

En février 2018, la Cour des comptes a effectué un audit sur le foyer de l’Etoile. Elle y relevait la nécessité de mener une «réflexion plus globale» quant à la prise en charge de cette population dans une «logique pérenne» et pas seulement de «gestion de crise». «Avant toutes choses, il a fallu affirmer que les mineurs requérants étaient des mineurs comme les autres et qu’à ce titre ils avaient droit à la même prise en charge», rappelle François Paychère, président de la Cour.

«A l’origine, ce centre n’était pas prévu pour accueillir des mineurs mais des familles. On a constaté un manque de proximité entre les jeunes et les éducateurs, ainsi que des problèmes de bruit – il était impossible de faire ses devoirs dans le calme –, d’hygiène et d’insécurité.» Dans le cadre de la présentation de son rapport annuel fin septembre, la Cour des comptes examinera le suivi de ses recommandations dans ce dossier.

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