Il échappe à la perpétuité. Mais pas à un verdict sévère. Jugé depuis lundi pour avoir tué un couple de retraités à leur domicile genevois, un ressortissant roumain est reconnu coupable d’un double assassinat. Le Tribunal criminel a relevé la violence inouïe des actes et la gravité exceptionnelle de l’affaire. Le prévenu est condamné à une peine privative de liberté de vingt ans. L’absence de toute préméditation, des regrets qualifiés de sincères, une responsabilité légèrement restreinte et des aveux rapides lui évitent le maximum requis par la procureure Anne-Laure Huber.

Le jugement précise que Vlad, de son prénom fictif, s’est bien rendu ce 8 novembre 2012 chez le retraité pour une relation tarifée mais aussi dans l’espoir de se voir proposer du travail. Les choses se sont mal passées et le sexagénaire l’a traité d’impuissant tout en refusant de le payer. Le tribunal ne croit toutefois pas que le retraité s’est montré violent avant de recevoir des coups et d’être étranglé. L’homme était déjà mort au moment où son épouse est rentrée de son cours de gym. Agressée à son tour, elle a résisté et a été tuée avec encore plus de cruauté.

Emotion particulière

Aux yeux des juges, Vlad a effectivement ressenti du dégoût et de l’humiliation lors de la «situation misérable» qui réunissait les deux hommes. Cet état particulier ne saurait toutefois réaliser la circonstance de l’émotion violente plaidée par Me Yaël Hayat. Le tribunal souligne que l’intensité de cette perturbation n’était pas suffisante pour rendre le prévenu incapable de se maîtriser et ajoute que le crime était en totale disproportion avec le conflit.

Pour avoir montré le mépris le plus total de la vie humaine, pour avoir agi «de manière brutale et atroce», pour avoir humilié sa seconde victime en la dénudant partiellement afin de se venger de sa résistance, pour s’être montré glacial dans sa fouille méthodique de l’appartement en présence des cadavres, pour avoir arraché les bijoux du corps de la femme et pour s’être rendu au bar comme si de rien n’était après avoir tué deux personnes âgées, le Roumain est qualifié d’assassin.

Long chemin

Son alcoolisation importante lui vaut une responsabilité légèrement restreinte. Le tribunal a tenu compte de la situation très précaire de cet homme, clochardisé et poussé à vendre son corps, tout en précisant que cela aurait pu expliquer des vols mais pas une telle violence. Le Roumain, qui a commencé une psychothérapie en prison, semble sur la bonne voie. Il a exprimé des regrets mais pas de vrais remords et continue à rejeter la faute sur le retraité. Les juges estiment que le chemin sera encore long avant une véritable prise de conscience. Une évolution pour laquelle la cour a fixé un cadre de vingt ans.


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