Où en est l'Ecole genevoise? Chamboulée depuis que les citoyens ont plébiscité, le 24 septembre, le retour des notes au primaire, elle fait l'objet de plusieurs chantiers. Victorieuse du scrutin populaire, l'Association refaire l'école (ARLE) a fait connaître, hier, ses nouvelles exigences. Prenant ainsi les devants sur Charles Beer, puisque le conseiller d'Etat s'exprime ce matin sur l'avenir de l'école. Tour d'horizon des revendications de l'ARLE.

- Faire plier la résistance

Depuis le scrutin du 24 septembre, le patron socialiste de l'Instruction publique a rencontré trois fois, officiellement, l'ARLE et la Société pédagogique genevoise (SPG). Objectif: élaborer de manière concertée le règlement d'application sur la réintroduction des notes à la rentrée 2007. Le président de l'ARLE salue le fait que «Charles Beer semble déterminé à respecter la lettre et l'esprit de notre initiative». Mais André Duval émet une réserve: le ministre saura-t-il faire respecter le nouveau règlement par les enseignants? L'ARLE souligne la résistance de la SPG (lire ci-contre), qui s'est toujours battue contre le retour des notes, ainsi que celle des professeurs de la Faculté des sciences de l'éducation (Fapse), grande inspiratrice de la rénovation du primaire. Désormais, réclame l'ARLE, il faut confier la formation des enseignants du primaire à une Haute école pédagogique, comme c'est le cas dans la plupart des cantons romands. «Et cesser de vouloir se distinguer des autres», lance le porte-parole Jean Romain, faisant référence à la volonté de Charles Beer de créer un Institut universitaire de formation des maîtres.

- Retour des «vraies notes»

L'ARLE réclame que des notes «à la demie» soient introduites à la rentrée, «pour une évaluation plus précise». Leur accumulation fera l'objet de moyennes trimestrielles et annuelles: selon l'ARLE, ce dernier point est acquis dans le nouveau règlement du Département de l'instruction publique. Par ailleurs, les disciplines doivent être hiérarchisées. L'ARLE exige aussi le retour d'épreuves cantonales «sérieuses», au primaire et au Cycle d'orientation. Et, bien sûr: «Nous voulons être associés à l'élaboration du nouveau carnet.»

- Plan d'études urgent

A quoi bon élaborer un nouveau règlement sur les notes s'il n'est pas accompagné d'un plan d'études, lance l'ARLE. «Des plans annuels et précis doivent remplacer les objectifs d'apprentissage actuels basés sur les théories socio-constructivistes d'ici juin 2007.» Et si Charles Beer rétorquait que le délai est trop court, l'ARLE saurait que répondre: «Il y a 52 postes de formateurs au primaire, qui gagnent 10000 francs par mois. Ils peuvent se mettre tout de suite au travail», selon Roger Durand, vice-président de l'association.

- Classes d'appui renforcées

A en croire l'ARLE, en redistribuant des postes, notamment ceux de généralistes non titulaires, de formateurs, de maîtres spécialistes pour les non-francophones et de responsables d'écoles, 150 postes pourraient être dégagés pour créer une classe d'appui par école. «Elles seraient mises en place pour les classes jusqu'à la 2e primaire et accueilleraient un nombre d'élèves restreint», explique l'association. Objectif principal: la maîtrise du français.

- Cycle d'orientation réformé

C'est le prochain enjeu scolaire. Actuellement, deux initiatives populaires ont été déposées sur le Cycle d'orientation: l'une, issue d'une dissidence de l'ARLE, demande le retour des sections, et l'autre, «Coordination enseignement», réclame au contraire des classes hétérogènes. Un contre-projet devrait être élaboré par le Grand Conseil. Pour l'ARLE, il faut «rétablir les sections en fonction de la compétence du moment de l'élève».

L'association propose le découpage du Cycle en trois sections: une gymnasiale, une pratique et une pour les élèves en grande difficulté. Par ailleurs, «il faut rétablir des branches principales», selon Roger Durand. «Finalement, nous ne sommes pas très éloignés du Cycle de Chavanne», glisse Jean Romain. Une façon de tendre la main au socialiste Charles Beer?