Genève ou Lausanne: du simple au double

Vous êtes un contribuable marié avec deux enfants et votre revenu brut du travail est de 125 000 francs? Mieux vaut vivre à Genève qu’à Lausanne, car il vous en coûtera presque deux fois moins d’impôt. Pour un revenu de 150 000 francs, ce sera toujours un tiers de moins.

C’est au-delà d’un revenu de 200 000 francs que la fiscalité des chefs-lieux lémaniques tend à s’harmoniser, Lausanne restant toujours au premier rang, fidèle à sa réputation de ville chère.

Les chiffres de l’Administration fédérale des contributions montrent que les deux cantons lémaniques, bien que tous deux en tête du palmarès intercantonal de la lourdeur fiscale, traitent différemment leurs contribuables du milieu.

A Genève, un tiers des contribuables échappent désormais à l’impôt. Ce pourcentage, qui s’étend donc sur le bas de la classe moyenne, n’est que d’un quart dans le canton de Vaud. Toujours pour le «contri­buable marié avec deux enfants», l’assujettissement commence à 30 000 francs à Neuchâtel, 40 000 francs à Zurich et 50 000 francs à Lausanne, mais à 77 000 francs seulement à Genève.

Entre stagnation et érosion

Une classe moyenne écrasée par l’impôt, coincée entre la population que l’Etat aide, en bas, et celle qui continue de s’enrichir, en haut: cliché ou réalité?

«Un peu des deux, relativise d’emblée Marco Salvi, expert de la politique fiscale pour Avenir Suisse. La classe moyenne paie beaucoup, mais elle reçoit aussi beaucoup, du fait du système suisse de redistribution. En son sein, certains groupes sont favorisés par rapport à d’autres.»

La difficulté, avec la classe moyenne, c’est son étendue. Trois cinquièmes de la société, selon une définition usuelle, cela fait beaucoup de monde. La fourchette des revenus concernés s’étend selon les acceptions de 90 000 à 210 000 francs pour une famille avec deux enfants. Les statisticiens fuient le concept de classe moyenne, préférant distinguer une douzaine de catégories de revenu.

Le nivellement de la classe moyenne par les prélèvements obligatoires – qui doublent la note du fisc – donne lieu à des appréciations contradictoires. Mais les études récentes constatent en tout cas une stagnation. La classe moyenne peine à maintenir la distance avec le segment qui bénéficie le plus de la redistribution étatique, alors que la classe des revenus supérieurs croît. Les sociologues parlent d’un sentiment d’érosion, lié à la perte de la perspective d’amélioration.

Genève a connu en 2009, sous le double patronage de la droite et de l’argentier Vert David Hiler, une baisse fiscale notable, orientée vers les contribuables moyens, bien qu’assortie d’un bouclier fiscal pour les hauts revenus. Un expert des finances genevoises en conclut qu’«il n’y a plus de débat fiscal sur la classe moyenne» dans la République, le coût du logement étant devenu pour celle-là l’enjeu principal.

La classe moyenne vaudoise n’a pas eu cette chance. Avec une dette réduite à quelque 500 millions de francs et une manne fiscale autorisant de grosses provisions, les conditions seraient pourtant réunies. Mais devant l’argentier PLR Pascal Broulis et sa politique d’écureuil, les tenants du moins d’Etat sont réduits au silence.

Subside plutôt qu’allégement

Surtout, à Lausanne comme à Genève, la priorité du moment n’est pas de soulager la classe moyenne mais d’harmoniser à la baisse la fiscalité des entreprises. Il pourrait en coûter 300 millions à l’Etat de Vaud, 600 millions à celui de Genève. Les milieux économiques vaudois sont prêts à participer pour 100 millions, en échange de ce «cadeau», à l’amélioration du revenu des ménages (allocations familiales, accueil de jour).

Plutôt que de baisser les impôts, le gouvernement vaudois et sa majorité de gauche préfèrent étendre vers le haut les bienfaits de sa politique sociale. Notamment en élevant le plafond des subsides pour l’assurance maladie. «La meilleure façon d’aider la classe moyenne», selon Pierre-Yves Maillard.