A l’approche de la rentrée scolaire prévue le 24 août, le Département genevois de l’instruction publique (DIP) dresse un bilan globalement positif de l’enseignement à distance instauré dans l’urgence au printemps dernier. Une évaluation provisoire, certaines difficultés telles que le décrochage scolaire ne pouvant s’observer qu’à long terme. «Je retiens de cette expérience brutale et difficile que tout le monde a joué le jeu, aussi bien les enseignants que les élèves et leurs parents», a salué la conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta.

Pour faire son autocritique, le DIP s’appuie sur une enquête menée par le Service de la recherche en éducation (SRED) et la HEG Zoug, entre le 17 avril et 1er mai, qui a permis de récolter 16 000 réponses auprès de directeurs, d’enseignants, de parents et d’élèves. Les résultats sont néanmoins à prendre avec précaution. En effet, le 20 avril, le DIP a annoncé que le trimestre ne compterait pas, ce qui a pu influencer certaines réponses. Un questionnaire auquel 45,7% des maîtres ont répondu en juin permet également d’évaluer les forces et les faiblesses de l’école en ligne.

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Relation «plutôt sereine»

Crainte pour la suite du parcours scolaire, difficulté à s’organiser, nécessité de contrôler sans asphyxier: la fermeture des écoles le 13 mars dernier a mis parents et élèves au défi. Selon l’enquête du SRED, la relation entre l’école et les familles a toutefois été «plutôt sereine» durant le confinement. Quelque 61% des parents pensent en effet que les enseignants se soucient du bien-être de leur enfant. Seuls 10 à 15% d’entre eux estiment que le partage des responsabilités avec l’école a mal fonctionné.

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Les élèves confinés ont-ils vraiment étudié? La réponse est très variable. Environ 20% des élèves du cycle d’orientation interrogés disent avoir travaillé entre treize et seize heures par semaine, 12% seulement plus de vingt heures. Parmi les enseignants, 45% estiment que les élèves se sont activement impliqués dans leurs tâches. Plus de 55% des professeurs disent avoir consacré «largement plus de temps» qu’auparavant à préparer leurs cours.

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Laboratoire d’expérimentation

Sur le front du numérique, le basculement en ligne a prodigué aux enseignants une «formation continue sur le tas». «Les comptes en ligne des élèves ont été activés en à peine dix jours et les enseignants se sont mis à utiliser des outils qu’ils ne maîtrisaient pas forcément auparavant», salue Anne Emery-Torracinta. Toujours selon l’étude du SRED, 66% d’entre eux disent aujourd’hui vouloir continuer à les utiliser, principalement dans la gestion des devoirs et la création de contenus numériques. «A l’avenir, le dispositif et les équipements devront toutefois être étendus, souligne la magistrate, rappelant que le parlement a refusé un crédit de 22 millions de francs pour le numérique à l’école en décembre dernier. Durant le confinement, le DIP s’est également aperçu qu’environ 1000 élèves n’avaient aucun support électronique sur lequel travailler.

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Sur le front des résultats, 147 élèves de 8P ont obtenu une dérogation pour passer au cycle d’orientation. A cet échelon, le taux d’échec est en hausse: 17,75% contre 13,5% l’an passé. Au secondaire II, en revanche, le taux de réussite est plus élevé, surtout à l’école de culture générale. Le DIP va-t-il débloquer des moyens supplémentaires pour soutenir les élèves en difficulté? «En cas de besoins massifs et avérés, je pourrais demander un crédit supplémentaire, avance Anne Emery-Torracinta. A ce stade, il reste encore des réserves grâce aux activités et aux remplacements non réalisés.»