Justice

A Genève, l’enquête contre Tariq Ramadan piétine

Les avocats de la plaignante ont recouru pour faire constater l’apparente inactivité et le silence du procureur chargé d’instruire cette affaire de viol

Un silence qui équivaut à un déni de justice? La plaignante genevoise qui accuse Tariq Ramadan de viol et contrainte sexuelle a saisi la Chambre pénale de recours pour faire constater l’inactivité du procureur chargé de ce dossier électrique. Ses conseils, Mes Robert Assaël et Alec Reymond (il y a eu changement de casting), ont fait savoir ce jeudi que rien ne semble se passer dans cette instruction malgré leurs nombreux courriers de relance. «Sur le plan humain, les atermoiements apparents de la procédure et le mutisme du Ministère public aggravent les souffrances de notre cliente», soulignent les avocats.

Audiences annulées

Celle que la presse a surnommée Brigitte a déposé plainte le 13 avril 2018 contre l’islamologue, dépeint comme le bourreau d’une nuit passée, il y a dix ans, dans une chambre d’hôtel de la place. Elle a été rapidement entendue par la police et l’instruction a été formellement ouverte cinq mois plus tard par le procureur Adrian Holloway. Depuis, plus rien. Quatre audiences ont bien été convoquées pour février et mars 2019 afin d’entendre – à Genève – le prévenu et une dizaine de témoins. Mais elles ont toutes été annulées le 30 janvier dernier, «sans un mot d’explication». Peut-être que cette explication réside dans le fait que l’intéressé n’a finalement pas été autorisé à quitter le territoire français.

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Quinze mois après le dépôt de la plainte et plus d’un an après l’audition de Brigitte par la police, aucun acte d’instruction ne semble donc avoir été réalisé. Pour les avocats, «cette inactivité est d’autant plus choquante que les infractions dénoncées sont parmi les plus graves du Code pénal». Leur recours, daté du 3 juillet, vise à faire constater cette situation tout en invitant le parquet à se montrer plus efficace dans son enquête et transparent avec les parties.

«Délais usuels»

De son côté, le Ministère public réplique par une chronologie. Suite à l’enquête à laquelle a procédé la police, une commission rogatoire a été adressée en France en septembre 2018 afin de procéder, notamment, à l’audition de Tariq Ramadan. Les compléments sollicités par les autorités françaises ont été apportés en mars 2019. Ces autorités ont finalement confirmé pouvoir assurer l’exécution de la demande d’entraide. «En bonne logique, une convocation devrait parvenir aux intéressés dans les prochains mois, étant précisé qu’il s’agit des délais usuels pratiqués par nos homologues français», ajoute Marc Guéniat, porte-parole du pouvoir judiciaire.

Contactés, les défenseurs de Tariq Ramadan, Mes Pierre de Preux et Guerric Canonica – qui ont déjà eu l’occasion de se plaindre de la médiatisation de cette procédure – ne souhaitent pas s’exprimer sur le sujet. Cette tension explique peut-être aussi le grand silence observé désormais par le procureur à l’égard des parties.

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Contrôle judiciaire

Tariq Ramadan, 56 ans, n’a donc jamais été entendu au sujet de ces faits. L’islamologue, mis en examen en France pour le viol de deux femmes, a passé neuf mois en détention provisoire avant d’être libéré, en novembre 2018, sous contrôle judiciaire et moyennant une caution de 300 000 euros ainsi que le dépôt de son passeport suisse.

Longtemps, l’intéressé a contesté toute relation intime avec les plaignantes françaises avant d’évoquer – confronté à plus de 400 messages retrouvés sur un téléphone portable – des relations de domination consenties.

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