Finances

A Genève, la trop lente convalescence de l’Office des poursuites

La Cour des comptes s’est penchée sur les mesures censées réorganiser l’Office des poursuites, en crise profonde depuis deux ans. Son jugement est assez sévère

Un satisfecit pour le Département des finances. Un carton rouge pour la méthode censée réorganiser l’Office des poursuites (OP) de Genève. C’est en résumé ce que relève la Cour des comptes dans un audit présenté mardi à la presse.

Début 2016, l’OP connaît une crise magistrale. En cause: la migration vers un nouvel outil informatique qui révèle des dysfonctionnements majeurs: des dizaines de milliers de doublons dans les fichiers, des commandements de payer bloqués, des faux débiteurs, des millions en déshérence. Mais la crise est plus profonde, parce qu’humaine aussi. L’absentéisme gangrène l’institution, une culture clanique paralyse les bonnes volontés et la gestion des ressources humaines. Bref, il faut mettre un grand coup de pied dans la fourmilière et repenser l’organisation de l’institution, qui depuis des années ne donnait plus satisfaction. Le Département des finances et l’autorité de surveillance se mettent au travail. En parallèle, une sous-commission de la Commission de contrôle de gestion du Grand Conseil enquête aussi. Le rapport qu’elle émet en mars 2017 est accablant, et le conseiller d’Etat Serge Dal Busco ne goûte pas la méthode. Mais le rapport requiert l’intervention de la Cour des comptes.

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Certains retards résorbés

C’est aujourd’hui chose faite, mais modestement. La Cour n’a en effet pas jugé utile d’examiner des points déjà traités par la sous-commission et se contente d’ausculter les mesures prises par le département pour résoudre les problèmes. Qu’en ressort-il? La Cour salue les mesures entreprises par le Département des finances et l’établissement d’un plan stratégique. Elle note aussi que les retards de traitement de certains actes ont été résorbés. Ainsi, les stocks de réquisitions ont baissé à environ 5000 à la fin de l’année dernière. Mais elle se montre sévère par contre sur le projet de réorganisation de l’office: «Il manque de méthode, de structure et de coordination, explique Myriam Nicolazzi, magistrate à la Cour des comptes. Le plan stratégique du département est bon, mais ses objectifs ne sont pas traduits en plan d’action.»

En conséquence, la Cour suggère de décharger le préposé, Philippe Dufey, de la réorganisation de l’OP, un travail qui exige des compétences techniques spécifiques et une disponibilité totale. Elle préconise de lui trouver un chef de projet qui soit une pointure sur la gestion des risques. La Cour recommande aussi au département de se mettre à l’ouvrage en traduisant la stratégie en actes. Des recommandations acceptées par le Département des finances.

«Nous n’étions pas dans un projet, mais dans la tempête»

Des manquements que le secrétaire général du Département des finances, Pierre-Antoine Gobet, justifie ainsi: «A l’époque, nous n’étions pas dans un projet, mais dans la tempête. Il s’agissait donc de garder le cap et d’écoper. A nos yeux, nous avons été bons et efficients.» Il admet cependant qu’il s’agit de passer la vitesse supérieure. «Mais pour des résultats concrets dans combien de temps? s’interroge le PLR Jean Romain, vice-président du Grand Conseil, dubitatif sur des promesses à l’horizon 2019. Je n’entends pas se taire la grogne des avocats, usagers de l’OP.» Le chemin de la convalescence pourrait être encore long.

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