Genève

A Genève, l’Entente au bord de la rupture

Les délégués du PDC décideront jeudi soir du sort de l’alliance historique avec le PLR. La direction du parti propose un apparentement avec des petites formations du centre. Piqué, le PLR réplique

L’Entente va-t-elle voler en éclats à Genève? Entre démocrates-chrétiens et libéraux-radicaux, l’alliance vieille de 80 ans pourrait rompre, à la faveur des élections fédérales. Lundi soir, le comité directeur du PDC a préavisé favorablement une stratégie d’émancipation de son grand frère bourgeois. L’idée est de muscler le centre, ventre mou de la politique, en fédérant les petites formations du milieu de l’échiquier, les Vert’libéraux et le Parti citoyen démocratique (le PBD à Genève). Et, partant, de gagner un second siège au National. Il la présentera aux délégués réunis en assemblée générale jeudi soir, qui auront le dernier mot. Ceux-ci se prononceront aussi sur une liste de candidats, jeunes et sensibles à la problématique du climat, nouvelle coqueluche des partis secoués par la vague verte.

Que se passe-t-il donc dans le camp bourgeois, qu’on ne sache pas à couteaux tirés sur les grands enjeux du moment comme la réforme de l’imposition des entreprises RFFA, la recapitalisation de la Caisse de prévoyance de l’Etat, ou l’accord-cadre au niveau fédéral? «Cette idée de rompre l’Entente a d’abord été le fait d’une ou deux personnes au PDC, qui en ont persuadé d’autres, et l’affaire s’est ébruitée, explique un député, anonyme. Avec pour résultat que l’assemblée générale se prononcera dans la précipitation.»

Pour une alliance au centre par onze voix contre sept

Selon nos informations, la direction du parti s’est prononcée pour une alliance au centre par onze voix contre sept. Elle renonce à un apparentement avec le Parti évangélique de Genève: déjà peu à l’aise avec son «c», pour chrétien, le PDC n’allait pas s’embarrasser d’une nouvelle étiquette religieuse.

Le président du PDC, Vincent Maitre, ne souhaite pas s’exprimer, «par loyauté envers les délégués à qui nous réservons la primeur de nos réflexions». Ceux-ci auront aussi l’occasion de rencontrer le président du PDC suisse, Gerhard Pfister, qui fait le déplacement: «Mais sa présence n’a aucun lien avec notre stratégie, consent à expliquer Vincent Maitre. Gerhard Pfister fait le tour des sections cantonales en vue des élections fédérales.» On sait cependant que le PDC Suisse projette aussi de créer une force du centre.

«Le centre est trop éclaté»

Les élus ne sont pas plus diserts. Ceux qui sont tentés par l’aventure relèvent que leur parti en a marre de «jouer le vassal du PLR», alors que celui-ci doit au PDC son troisième siège au Conseil national. Bertrand Buchs, ancien président, explique ce ressenti: «Face au mammouth PLR, on n’a plus rien à dire. On n’est pas assez audible.» Le parti de la famille regrette le temps du mariage à trois, avec les radicaux et les libéraux, où les rapports de force étaient plus équilibrés. Une fusion avec les radicaux aurait été plus judicieuse, murmurent certains, si leurs formations respectives avaient su dépasser les vieilles rognes entre catholiques et protestants, entre les francs-maçons et les autres…

«Quoi qu’il en soit, le Parti radical est aujourd’hui mort et enterré, et nous devons mener une autre vie», estime un élu qui considère que les libéraux ont pris l’ascendant depuis l’affaire Maudet, et qu’il ne convient pas au PDC de faire joujou avec eux. Ce qui conduit à vouloir mettre la balle au centre: «Il faut que le centre existe et qu’il parle d’une seule voix, il est trop éclaté», résume Bertrand Buchs.

C’est assez naturel que le PDC soit mal à l’aise avec un PLR plus à droite qu’auparavant

Alexandre Peyraud, président des Vert’libéraux genevois

Voilà pour la mathématique. S’il en est un qui veut y croire, c’est Alexandre Peyraud, président des Vert’libéraux genevois (1,6% aux dernières élections), invité à l’assemblée générale du PDC: «On trouvera évidemment notre compte à ce rapprochement! C’est assez naturel que le PDC soit mal à l’aise avec un PLR plus à droite qu’auparavant.» Le président du PLR, Bertrand Reich, ne l’entend pas ainsi et prévient: «Si le PDC ne veut plus de l’Entente pour le Conseil national, où j’admets que l’apparentement nous profite, il partira aussi de son côté pour le Conseil des Etats. Question de cohérence dans le message.»

Il faudra alors s’attendre à ce que le PLR ne veuille pas se rabibocher pour les élections municipales en 2020. Plusieurs élus PDC redoutent ce scénario, l’apparentement étant bénéfique à leurs candidats dans ce cas-là, raison pour laquelle ils ne soutiendront pas une sortie de l’Entente. Ils pourraient bien en convaincre une partie des délégués.

Quant au procès fait aux libéraux d’avoir remporté la mise, Bertrand Reich rappelle que «ce sont deux conseillers d’Etat radicaux, François Longchamp et Pierre Maudet, qui ont marqué la dernière législature». Le PLR genevois pourrait-il envisager un apparentement avec l’UDC? «Cela me semble difficile, puisque nos opinions divergent sur l’accord-cadre, sur la RFFA cantonale et sur la loi sur les armes», répond Bertrand Reich. Alors que, paradoxalement, elles coïncident avec celles du PDC. Il faut croire que même en politique, le partage des opinions ne suffit pas à un mariage heureux.

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