A Genève, l’exécutif rêve de chasser la voiture du centre-ville

Mobilité Le Conseil d’Etat s’appuie sur un sondage favorable aux transports publics

Ce n’est ni un sondage caractérisé par sa rigueur scientifique ni une votation populaire, mais un questionnaire public mis en ligne durant tout le mois de septembre. C’est par cet instrument que le conseiller d’Etat chargé des Transports, le démocrate-chrétien Luc Barthassat, a souhaité «prendre le pouls» de ceux qui se déplacent dans le canton. «Pour se rapprocher de la population», affirme le magistrat, qui souhaite donner une assise populaire à sa politique, mais surtout à la future loi-cadre sur la mobilité qui sera mise en consultation le 18 novembre.

Que révèle cette prise de température? Que près de 90% des personnes interrogées voudraient favoriser prioritairement la mobilité douce au centre-ville, soit les transports publics (45%), puis les piétons (34%) et les vélos (11%). Sur des zones plus excentrées (quartiers de Champel, des Eaux-Vives et de la Servette, commune de Carouge, etc.), les transports publics continuent à remporter les faveurs des sondés, mais les voitures et deux-roues motorisés pointent leur nez dans les modes de transport qui doivent être aussi priorisés.

Enfin, si les transports publics demeurent toujours en tête dans les régions périphériques (des communes suburbaines telles que Lancy, Meyrin, Vernier, Vandœuvres jusqu’aux frontières du canton), la voiture est considérée comme un moyen de transport prioritaire pour plus d’un quart des personnes interrogées.

Ces dernières sont plus de 12 000 à avoir répondu présent, soit deux fois et demie plus qu’attendu. Sur ce total, 81% des sondés résident dans le canton, 12% en France voisine et 3% dans la région nyonnaise. Près de la moitié se déplace prioritairement en voiture, l’autre moitié lui préfère les transports publics.

«Léger bémol», concèdent néanmoins les autorités, les cyclistes sont «vraisemblablement surreprésentés au regard des autres enquêtes». Aussi, si les résultats ne peuvent être considérés comme totalement représentatifs de la population du canton et de son agglomération, le Département des transports estime que les réponses ne sont que marginalement biaisées.

Ces résultats confortent le conseiller d’Etat dans sa volonté de mettre fin au principe constitutionnel de «liberté individuelle du choix du mode de transport». «On ne peut plus ménager la chèvre et le chou, il faut dorénavant fixer des priorités. L’époque où l’on pouvait utiliser sa voiture partout et tout le temps est terminée», assène Luc Barthassat.

Questionnaire critiqué

Des propos qui ne manquent pas de faire bondir le président de la section genevoise du Touring Club Suisse (TCS), François Membrez. «Aujourd’hui, au centre-ville, les transports publics et les vélos ont déjà la priorité. Nous estimons qu’il n’y a pas besoin d’aller plus loin. Nous nous battrons pour maintenir cette liberté dans notre Constitution», commente l’avocat. Il remet également en cause la représentativité des résultats. «Ils n’ont qu’une valeur indicative. Ceux qui ont répondu sont ceux qui ont eu du temps à y consacrer. Le questionnaire ne reflète donc pas l’opinion de la population», conclut François Membrez.

Un argument que conteste le président de l’Association transports et environnement (ATE), Thomas Wenger. «A chaque votation, les électeurs genevois se sont prononcés en faveur des transports en commun comme le CEVA ou le financement des infrastructures ferroviaires. Ils ont aussi dit oui à l’initiative 144 pour la mobilité douce et refusé la traversée de la Rade.» Pour celui qui est aussi député socialiste, il s’agit pour le conseiller d’Etat de «se mettre à la tâche». «J’attends de sa part qu’il passe de la parole aux actes et que des crédits d’investissement puissent passer devant le parlement.»

Mardi soir, seul le Mouvement Citoyens genevois a officiellement pris position par rapport au questionnaire. Evoquant un «sondage bidon», son président et conseiller national Roger Golay estime qu’il est «regrettable de constater qu’un magistrat n’arrive pas à prendre des décisions de sa propre personne».