Genève

A Genève, l’impossible réforme de la grille salariale des fonctionnaires

Le nouveau système de rémunération des fonctionnaires n’est pas près d’aboutir. Le Conseil d’Etat diffère la présentation du projet, devant la grogne des syndicats et de certains cadres de l’administration. Explications de la ministre Nathalie Fontanet

A Genève, la patience politique est une vertu cardinale. On a encore pu le vérifier jeudi, en apprenant que le nouveau système de rémunération de la fonction publique, baptisé SCORE, ne serait pas présenté aux collaborateurs de l’Etat la semaine prochaine, comme il était prévu. Deux jours plus tôt en effet, le syndicat de la fonction publique donnait de la voix en assemblée générale, exigeant du Conseil d’Etat qu’il supprime les séances d’information sur ce projet qualifié d’«opaque». Dont acte.

Pourtant, il faut admettre que Nathalie Fontanet, ministre en charge du Département des finances et des ressources humaines, n’a pas ménagé sa peine sur ce dossier. Pas un conseiller d’Etat avant elle ne peut prétendre avoir porté sérieusement ce projet. Elle hérite en 2018 de ce cadavre dans le placard, après que la commission du Grand Conseil a rendu sa copie à l’exécutif, faute de consultations suffisantes avec les représentants du personnel.

Aussi, c’est avec un certain agacement qu’elle encaisse les critiques de ce report: «Nous aurions pu déposer le projet en l’état en nous disant advienne que pourra. Ce n’est pas ma manière de travailler. Ce projet est un «one shot», et le Conseil d’Etat a voulu lui donner toutes ses chances. Je pensais pour ma part qu’il serait mûr au 13 novembre, ce n’est pas le cas, donc rien ne sert d’aller au casse-pipe.»

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De nombreuses séances

Pourtant, depuis août 2018, pas moins de 12 séances ont eu lieu entre la délégation SCORE au Conseil d’Etat et les syndicats, 19 séances techniques pour expliquer la méthode et deux jours d’information avec la société GFO mandatée pour l’élaboration de la grille salariale. «Les syndicats ont pu réaliser un parcours complet de notation de fonctions et ont eu accès au détail des notations pour les 200 emplois références du système SCORE», note Nathalie Fontanet.

La réforme vise à moderniser un système de rémunération obsolète en simplifiant le nombre de fonctions types au sein de l’administration et des entités parapubliques et à réévaluer les salaires. Aucun fonctionnaire n’aura son salaire revu à la baisse, assure la ministre, mais certains perdront en perspectives d’avancement. D’où une volonté d’explorer de nouvelles pistes sans augmenter le coût du projet, promet-elle.

A Genève, le Cartel intersyndical a déjà eu raison de plusieurs réformes. Même si ce projet promet de revaloriser une grande majorité des fonctions, ce qui coûtera plusieurs dizaines de millions de francs au contribuable, il fait l’objet d’une opposition préventive. Si le syndicat insiste sur son manque de transparence et des critères flous, il a sans doute aussi mal supporté que la conseillère d’Etat tente de passer en force avec un protocole d’accord qu’ils n’avaient pas négocié: «Le Cartel ne supporte pas de ne pas être l’interlocuteur unique, estime le président du PLR, Bertrand Reich. Il a estimé avoir été contourné par le Conseil d’Etat qui voulait d’abord informer ses collaborateurs. En différant le projet, l’exécutif n’entre pas dans la provocation, c’est bien.»

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Manque d’adhésion des troupes

Il semble que le syndicat ne soit pas seul à être insatisfait. Au sein de l’administration, dans les directions générales, SCORE ne déclenche pas non plus l’euphorie. Certains dénoncent des critères peu clairs, un manque d’unité entre services pour des catégories d’emploi identiques. Ce manque d’adhésion des troupes a sans doute aussi pesé dans le rétropédalage du Conseil d’Etat: «Comme pour tout projet de cette envergure qui touche à la rémunération de près de 50 000 personnes, il est normal que certaines résistances s’expriment, répond Nathalie Fontanet. C’est d’ailleurs pourquoi nous avons souhaité informer tous les cadres de la manière la plus transparente possible.»

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Des propos qui ne convainquent guère le député socialiste Christian Dandrès: «Le Conseil d’Etat a accepté une clause de confidentialité avec GFO. Rien qu’à cause de cela, je ne voterai pas ce projet, car on est en droit de connaître la matrice utilisée pour les calculs, puisqu’il s’agit de l’argent du contribuable.» Si la conseillère d’Etat admet que la méthode développée par la société GFO est protégée, elle affirme que «les syndicats ont eu accès à l’ensemble des paramètres d’évaluation et de notation». Mais il faudra quand même remettre l’ouvrage sur le métier, avec patience.

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