L’Entente a révélé dans Le Temps son intention de lancer une initiative populaire constitutionnelle. Le texte vise à interdire au Conseil d’Etat genevois d’engager des collaborateurs en cas de budget déficitaire. Qu’en pensent les autres formations?

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Dans un communiqué, l’UDC ironise d’abord. «On constate que les partis qui se veulent aujourd’hui économes et soucieux de la dette qui étrangle et étranglera durablement le canton étaient au pouvoir durant l’essentiel de la période concernée», s’étonne la présidente, Céline Amaudruz. Une ligne indique que le parti soutiendra tout de même le texte.

L’initiative préserve les mécanismes salariaux et n’impose aucune coupe. Une combinaison qui séduit François Baertschi, député et secrétaire général du MCG: «Cette initiative sera certainement vue avec attention et bienveillance au sein du parti. Une bonne gestion des deniers publics et des salaires qui permettent de vivre à Genève, voici tout ce que notre parti demande.»

Vert’libéraux intéressés

Le PLR et le PDC ne cracheraient pas sur l’aide des vert’libéraux pour la récolte des 8000 signatures nécessaires. «Si le nombre des fonctionnaires est une préoccupation, l’efficacité et l’efficience de l’administration, qui ne sont pas directement corrélées au nombre d’employés, en est une probablement plus importante encore. Cet axe-là intéresse beaucoup les vert’libéraux», glisse sa présidente, Marie-Claude Sawerschel.

La Fédération des entreprises (FER) est un autre soutien espéré par les initiants. Stéphanie Ruegsegger, sa responsable de la politique générale, juge que l’initiative «peut être un plus pour la fonction publique» par le principe de mobilité qu’elle instaurerait.

«Droite étasunienne»

«Cette initiative est complètement irresponsable, rétorque la présidente socialiste, Lydia Schneider Hausser. Elle se base sur des chiffres qui ne sont pas étayés. Les attaques contre la fonction publique, considérée comme un bouc émissaire, ne sont pas nouvelles venant de la droite. Je n’en suis pas moins consternée par cette droite rétrograde, primaire et toujours plus d’inspiration étasunienne.» N’y a-t-il donc à ses yeux aucune marge pour améliorer le fonctionnement de l’Etat? La présidente admet qu’il y a une «hypertrophie du contrôle» au sein de l’administration, mais que «ce n’est pas en suivant une logique de coercition que l’on va résoudre ce problème».

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Pas plus séduite, Marjorie de Chastonay, cheffe du groupe des Vert·e·s au Grand Conseil, juge que cette initiative n’est «pas une bonne idée alors que l’on est dans un contexte de crise environnementale et sanitaire qui demande des investissements et qui a prouvé l’utilité de l’Etat».

Président du Syndicat des services publics (SSP), Vincent Bircher qualifie de «vaste escroquerie» le texte de l’Entente. «Quand on est comme moi sur le terrain, concevoir que l’Etat est surdoté, c’est faire preuve soit de mauvaise foi, soit d’aveuglement.» Pour lui, ce texte a pour but de répondre à l’initiative «1000 emplois», lancée par les syndicats genevois et qui a abouti. «Nous lancerons dans quelques jours une autre initiative afin d’élargir l’assiette fiscale touchant la fortune au-delà de 3 millions de francs. C’est là qu’il existe des réserves, chez celles et ceux qui ont bien profité de la crise.»