Le contraste est pour le moins saisissant. L'Institut universitaire genevois d'études du développement (IUED) a trouvé en un temps record un nouveau directeur en la personne de Georg Elwert, un Allemand de 56 ans. Ce dernier succédera le 15 juillet 2004 à Jean-Luc Maurer, qui a souhaité se retirer après trois mandats de quatre ans. Le directeur actuel de l'IUED se félicite de la rapidité du processus et lâche ironiquement: «Pour les procédures de nomination, nous avons le mode d'emploi.» L'allusion à l'Institut de hautes études internationales (IUHEI) est à peine voilée, pour lequel de telles procédures donnent lieu depuis quatre ans à de véritables psychodrames.

Mercredi matin, le Conseil d'Etat genevois a entériné la proposition du Conseil de fondation de l'IUED. Choisi parmi 28 candidats qui ont répondu à la mise au concours lancée au début avril, Georg Elwert, actuellement professeur à l'Université libre de Berlin, est au bénéfice d'une très large expérience académique. Docteur en anthropologie de l'Université de Heidelberg, il a enseigné dans de nombreuses universités suisses et allemandes. Il s'est aussi consacré à la recherche à l'Université de Yale, aux Etats-Unis, et à l'Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris. «Georg Elwert a une grande envergure internationale dans le domaine de la recherche. Il a démontré une originalité de pensée et enfin il dispose d'un réseau international très complémentaire aux réseaux sur lesquels s'appuie déjà l'IUED», souligne Anne-Christine Clottu Vogel, présidente du conseil de fondation de l'Institut. Personnalité au premier abord réservée, Georg Elwert peut être tranchant. Mais il ne vient pas révolutionner une institution qui fonctionne. «Je ne viens pas en missionnaire», prévient-il. Il n'empêche. Cet universitaire, qui a mené divers projets de recherches en Afrique et au Moyen-Orient, a une grande connaissance du terrain. Un atout majeur pour un institut qui n'entend pas produire que de la théorie. Parmi les thèmes qui l'interpellent, la prévision des conflits occupe une place majeure. La nomination de ce polyglotte, qui maîtrise plusieurs langues africaines, intervient en tout cas à un moment crucial.

L'Institut d'études du développement vient en effet de recevoir le rapport d'évaluation de l'Organe d'accréditation et d'assurance de la qualité censé accorder depuis le début de cette année les reconnaissances aux instituts universitaires au nom de la Conférence universitaire suisse (CUS). «Il sera difficile pour la CUS de ne pas nous reconnaître en octobre, relève Jean-Luc Maurer, qui précise que sur 26 critères d'appréciation, 24 étaient bons, voire très bons.» De cette bonne évaluation, Georg Elwert souhaite profiter pour accroître la notoriété de l'IUED et développer, par rapport à Zurich qui tend à monopoliser les subventions à la recherche, «un pôle intellectuel fort en Suisse romande».

Dans la réflexion sur les synergies et regroupements auxquels songe le Département fédéral de l'intérieur, l'IUED n'est toutefois pas prêt à accepter n'importe quoi. Jean-Luc Maurer est opposé à une fusion avec l'IUHEI par exemple. «Les deux instituts doivent collaborer à trois niveaux: les deux Conseils de fondation, sans fusionner, doivent se rencontrer deux fois par an, tout comme les directions et les deux corps professoraux.» Et le directeur d'ajouter: «Mais pour collaborer, il faut s'écouter et se respecter.»

Désormais sous l'égide de l'Office fédéral de l'éducation et de la science, l'IUED a par ailleurs redéfini son partenariat avec la Direction du développement et de la coopération (DDC), qui le finançait auparavant. Une DDC qui conserve deux sièges au Conseil de fondation. Reste que pour l'IUED, plusieurs défis doivent être relevés. Celui de s'adapter au changement tout en gardant son identité ne sera pas le moindre. Quant à l'étiquette d'institut «tiers-mondiste» qui lui colle à la peau, l'IUED ne la rejette pas, mais la dépasse. «Nous avons déjà détropicalisé notre cursus, car il est clair que les problèmes de développement touchent aussi les sociétés du Nord», conclut Jean-Luc Maurer.