«L'état de santé de la population genevoise, l'un des meilleurs du monde, n'a jamais été aussi satisfaisant.» Si l'on s'en tient aux critères de mortalité, d'espérance de vie ou de bien-être matériel, tout semble aller pour le mieux dans la République, selon le rapport commandé par le Département de l'action sociale et de la santé rendu public hier. Les autorités sanitaires ne se sont toutefois pas contentées d'un «satisfecit» béat. Dans deux ouvrages, 500 pages au total, les pathologies les plus couramment rencontrées ont été passées en revue. Leur incidence à Genève a été comparée avec celle survenant dans d'autres cantons, voire dans d'autres pays européens. Selon le modèle proposé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), toute une série d'objectifs à atteindre d'ici à l'horizon 2000-2005 ont été proposés. Car, à Genève, si l'on meurt vieux, on meurt encore trop souvent cancéreux. Etat des lieux.

Une vie au long cours

L'espérance de vie à la naissance de la population continue à progresser: elle s'élevait en 1990 à 81,5 ans pour les femmes et à 74,5 pour les hommes (en 1900, ces chiffres se montaient à 51,3 et 46,5 ans). Les Genevois font mieux que la moyenne des Suisses: un peu plus de huit mois pour les femmes et six mois pour les hommes. Ils sont ainsi installés dans le peloton de tête des pays les plus «vieux» du monde, derrière le Japon et l'Islande. Cette évolution est due à une baisse de la mortalité: les femmes ne meurent plus en couches et les nouveau-nés parviennent presque tous à l'âge adulte (dans les années 1900, 20% des enfants décédaient avant l'âge de 10 ans).

Trop d'artères bouchées

Attaque cérébrale, artères bouchées ou myocarde fatigué, les maladies cardio-vasculaires restent la première cause de mortalité dans le canton de Genève (34% des décès). Depuis une trentaine d'années, elles ont toutefois amorcé un net déclin. Les maladies coronariennes et les maladies cérébro-vasculaires tuent moins les Genevois que les Suisses et les Européens.

Des tumeurs tenaces

Genève se distingue par une fréquence de cancers particulièrement élevée. Les tumeurs provoquent en effet 30% des décès chez les hommes et 25% chez les femmes, soit environ 900 morts par an. Ce qui place les affections cancéreuses au deuxième rang des causes de décès. Genève dépasse de 3,2% la moyenne helvétique et de 14,1% la moyenne européenne chez les hommes. Une «surincidence» encore plus marquée chez les femmes: +14% par rapport à la Suisse et +21,1% par rapport à l'Union européenne. Les médecins diagnostiquent quelque 1700 nouveaux cas chaque année: chez les hommes, le cancer de la prostate (17,7%) devance celui du poumon (15,9%). Chez les femmes, le cancer du sein reste le plus fréquent (33%).

Les microbes se relaient

Tuberculose, diphtérie, ou poliomyélite, les maladies infectieuses, une des principales causes de mortalité au début du siècle, ont considérablement diminué à Genève comme en Suisse. D'autres microbes ont en revanche pris le relais. Parmi les maladies non maîtrisées, le rapport cite les infections digestives, la méningite, les hépatites virales, les maladies sexuellement transmissibles, le paludisme, la fièvre typhoïde et la diarrhée du voyageur. Genève reste en outre leader suisse et européen des infections au virus du sida, avec 97,7 cas recensés pour 100 000 habitants, contre 39,9 cas pour la moyenne suisse.

Moins d'accidents

Noyade, incendies, chutes ou accidents de la circulation: les traumatismes non intentionnels tuent environ 160 fois chaque année dans le canton de Genève, soit environ 5% des décès toutes causes confondues. Si les femmes sont spécialisées dans les chutes, les hommes leur volent nettement la priorité au volant. Une bonne nouvelle toutefois: malgré l'augmentation du trafic, le nombre de morts sur la route a diminué (une trentaine par an, vingt de moins qu'en 1975).

Plus de suicides

Vers 1970, quelque 55 personnes par an se donnaient la mort dans le canton de Genève. Vingt ans plus tard, ce chiffre se monte à 90, soit 2,6% du total des décès. Les taux de suicide genevois sont supérieurs à la moyenne suisse pour les femmes, mais nettement inférieurs pour les hommes. Avec les Français, les Autrichiens, les Allemands, les Danois et les Finlandais, les Suisses se suicident deux fois plus que les Américains, trois fois plus que les Italiens et les Britanniques.

Tabac, alcool, lipides,

et farniente

La population genevoise est accro à la cigarette: 39,7% des hommes et 33% des femmes fument, alors qu'en Suisse ces valeurs sont tombées à 36,5 et 24,1%. La consommation dangereuse d'alcool, la dépendance et les conséquences de ces abus sont également plus répandues à Genève que dans le reste du pays. Les Genevois mangent trop de lipides: 33 à 36% de leur ration alimentaire, alors que l'OMS met la barre supérieure à 30%. Vingt pour-cent d'entre eux présentent d'ailleurs une surcharge pondérale. Le sport n'est enfin pas leur tasse de thé: tant les hommes que les femmes sont à la traîne des statistiques suisses.