Justice

A Genève, lourde peine requise contre le prédateur «Lucie de Lyon»

Au second jour du procès, le Ministère public a réclamé 6 ans de prison contre l’ex-entraîneur de foot qui piégeait les adolescents en se faisant passer pour une aguicheuse sur les réseaux sociaux

«C’est une affaire d’une ampleur inédite à Genève.» Aux yeux du procureur Yves Maurer-Cecchini, Max, de son prénom fictif, surtout connu sous l’identité trompeuse de «Lucie de Lyon», doit être sévèrement puni pour avoir piégé 26 adolescents afin de satisfaire ses pulsions sexuelles inavouées. Au second jour du procès, le Ministère public a réclamé une peine de 6 ans de prison contre cet ancien entraîneur qui chassait ses proies dans le milieu du foot. De son côté, la défense s’est opposée à toute sanction qui renverrait ce jeune homme de 24 ans derrière les barreaux alors qu’il a retrouvé un équilibre certain depuis sa mise en liberté provisoire.

«Dans la gueule du loup»

Il se servait des images et vidéos d’une actrice porno pour rendre son profil crédible, attirer des garçons de 12 à 17 ans dans des conversations, les pousser à lui envoyer des photos dénudées, les mettre sous une pression psychologique intense, les faire chanter pour obtenir toujours plus et les forcer à des actes qui les dégoûtaient. Durant quatre ans, ses agissements sont allés crescendo en fréquence et en gravité, a ajouté le procureur. Durant l’été 2013, Max a ainsi multiplié les séances de masturbation ou de fellation mutuelle avec des jeunes gens qui le prenaient aussi pour une proie de la méchante Lucie. Ils devaient se rendre ensemble dans une cave et filmer la scène.

Lire aussi: «Lucie de Lyon», le profil qui terrorisait les ados genevois sur Facebook

Tant le procureur que les parties plaignantes, représentées par Mes Thomas Barth et Lorella Bertani, ont insisté sur le traumatisme et le sentiment de trahison vécus par les victimes. «Celles-ci se sont jetées dans la gueule du loup car elles avaient confiance en ce jeune homme qui avait un statut d’entraîneur et un rôle de grand frère», a relevé l’accusation. D’un côté, Max jouait l’ami, le confident et le protecteur. De l’autre, il postait ce type de messages: «Je vous laisse jusqu’à mercredi, sinon c’est mort.» Ou encore: «Si tu ne fais pas ce que je veux, je t’affiche.» De quoi faire dire à Me Bertani que le prévenu était «un sacré bon comédien» et que ses victimes ont souffert d’un «double abus».

Evolution très favorable

Seul témoin de cette journée, le thérapeute de Max, qui avait aussi officié comme expert psychiatre dans le dossier, a donné un peu d’espoir à la défense. Après dix mois de détention provisoire et une libération assortie d’abord de moult mesures, le spécialiste estime que le prévenu, qui avait lui-même été trompé par un homme déguisé en femme sur Internet, a bien évolué. Il a compris et accepté les contours de sa bisexualité, il a exprimé de l’empathie pour ses victimes et il a acquis cette maturité qui lui faisait défaut. Aux yeux du thérapeute, Max n’a rien d’un psychopathe et il n’a plus besoin de se construire un personnage tout-puissant sur la Toile. De quoi pousser Me Nicolas Gurtner à plaider pour une peine compatible avec un sursis partiel. La réponse tombera vendredi.

Publicité