Des millions d'originaux de brevets, dessins et idées novatrices seront détruits et remplacés par une banque de données électronique. Pour des raisons d'économies, l'Institut fédéral de la propriété intellectuelle (IFPI) a en effet décidé de fermer ses bibliothèques de Genève, Lugano et Wil, livrant leur contenu au pilon. Les collectionneurs sont «choqués».

A l'avenir, il faudra consulter les dépôts de brevets par le réseau Internet en Suisse. Les trois bibliothèques décentralisées et notamment le Centre d'information et de documentation brevets, antenne romande de l'IFPI à Genève, vont fermer. Leurs archives, dont certaines datent de plus d'un siècle, seront détruites.

Manque de place

«La saisie électronique des données a été réalisée en vue de s'adapter aux standards européens», explique Walter Ledergerber, membre de l'état-major de direction de l'IFPI. La mise à disposition des documents sur Internet constitue un gain de temps et facilite les recherches des personnes intéressées dans l'industrie et l'économie, des avocats spécialisés et des étudiants. Ils ne devront plus se rendre dans les bibliothèques et compulser des quantités de cartons d'archives poussiéreux.

Depuis 1888

Toutes les informations nécessaires aux utilisateurs pourront être affichées à l'écran, assure Walter Ledergerber. Pour l'IFPI, la destruction des originaux papier des trois bibliothèques devenait nécessaire pour des raisons économiques et de manque de place. En outre, l'opération ne présente aucun inconvénient puisque ceux qui désirent un document papier pourront imprimer les originaux par ordinateur interposé.

Cette décision ne concerne pas seulement les 600 000 dossiers déposés depuis le début de la protection des brevets en 1888 en Suisse. Il faut en effet ajouter tous les brevets européens et mondiaux se trouvant dans les trois bibliothèques. Ces archives vouées à la destruction représentent aujourd'hui des millions de documents.

Collectionneurs mécontents

Les collectionneurs de documents rares et les passionnés de technique ancienne ne se réjouissent guère de cette évolution. «Nous sommes choqués que des mémoires descriptifs d'une invention, vieux de 80 ans et plus et représentant une pierre blanche dans l'histoire des techniques industrielles, puissent être simplement livrés au pilon», lance Hermann Wyss, président de l'association «Freunde alter Landmaschinen», qui compte plus de 3000 membres.

«C'est un charme fondamental de celui qui fait collection de pouvoir fouiner dans les vieilles archives et d'avoir en main les documents écrits originaux et les dessins», souligne encore Hermann Wyss. Le document sorti d'une imprimante d'ordinateur n'a évidemment pas le même attrait, se désolent les collectionneurs.