Durant le semi-confinement, le livre a renforcé son statut d’indispensable objet d’évasion. Alors qu’une grande partie des commerces ont rouvert leurs portes ce lundi, les clients n’ont pas attendu longtemps pour se rendre en librairie. Chez Payot Rive gauche, la file d’attente était déjà dense quelques minutes avant l’heure d’ouverture. A l’intérieur, le gérant du lieu, Christophe Jacquier, filtre les entrées et demande poliment aux nouveaux arrivants de se désinfecter les mains. La plupart s’exécutent sans broncher.

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Slalomant entre les rayons, un client pressé va droit au but. Il revient vers la caisse quelques minutes plus tard, La Peste d’Albert Camus entre les mains. «Un cadeau», précise-t-il, les yeux rieurs à travers son masque, avant de se prêter au jeu de la photo. Alexandre T., universitaire d’une vingtaine d’années, a lui aussi fait le déplacement tôt dans la matinée. «Je n’avais plus rien à lire, plutôt que de commander, j’ai préféré venir sur place pour retrouver un semblant de normalité», explique-t-il. Les vendeurs sont formels, la plupart des visiteurs ont une idée bien précise de leurs achats et demandent peu de conseils. «On sent qu’ils ont eu le temps de peaufiner leur liste», sourit une libraire masquée.

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«Je m’inquiète pour mes clients»

A quelques mètres de là, au cœur de la Vieille-Ville, c’est aussi l’heure de la reprise pour Iones Illi, propriétaire de la librairie de collection Beaux Livres, fermée depuis deux mois. «C’est un bonheur de pouvoir de nouveau croiser des visages connus, dire bonjour», lance-t-elle, affairée à balayer la devanture de pierre. Quid des consignes de sécurité? «En temps normal, il y a rarement plus de deux ou trois clients à la fois, une librairie ancienne, ce n’est pas une épicerie», répond-elle d’un air taquin. De fait, la crise sanitaire ne l’effraie pas outre mesure. «Les livres que vous voyez là ont tout vécu, la peste, le choléra, la grippe espagnole, souffle-t-elle en désignant la vitrine. En revanche, je m’inquiète pour mes clients, pour la plupart âgés. J’espère qu’ils vont bien.»

Sur la très commerçante rue de Carouge, la Libraire du Boulevard retrouve elle aussi ses habitudes. Si l’établissement a poursuivi les ventes en ligne durant le semi-confinement, le manque à gagner reste important. «La survie de la librairie n’est pas en jeu, mais la situation reste préoccupante, souligne l’un des libraires Frédéric Greffet. Ce n’est pas un retour à la normale, il faudra un temps d’adaptation pour que l’activité reprenne.» A l’intérieur, cinq personnes maximum et une bonne dose de civisme. «On compte sur le bon sens de tous pour que les choses se passent au mieux», ajoute son collègue Carlos Fernandez. Seul point positif de la crise: le ralentissement attendu au niveau des parutions. «D’ordinaire le flux des nouveautés est si intense qu’il en devient difficile à gérer pour une petite librairie coopérative comme nous. Un peu de respiration, ça fait du bien.»

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